La castration a-t-elle un sens ?
La castration a-t-elle un sexe ?
Journée
clinique
organisée par
Le Groupe de travail sur la castration
sous la direction du Centre de recherche et de formation du GIFRIC
et en collaboration avec l’École freudienne du Québec.
Anny
Béland, Marie-Claire Bouchard, Chantal Gagné,
Claudie
Gagné et Audrey Vézina
Aux
journées cliniques de mars 2006, les présentations, les questions,
le débat, de même que l’enseignement clinique donné
par le conseil d’éthique de l’École freudienne
du Québec, ont permis d’aborder la jouissance à partir
du thème : La femme et la jouissance/Le handicap dans le rapport
de l’homme au féminin.
La
jouissance n’a pas de sexe. Elle est le propre de l’humain,
et son expression est singulière pour chacun. Toutefois, les présentations
laissaient supposer un rapport particulier entre jouissance et féminin,
révélant une certaine confusion autour des concepts de jouissance
et de phallus, que l’enseignement clinique est par la suite
venu éclairer. Ainsi il apparaît que les effets de la non adéquation
de la réponse pulsionnelle à l’effraction constituent
le travail de la jouissance qui détermine le sujet, homme ou femme,
un travail qui fait corps avec les cellules, tissus, organes, systèmes
et fonctions de l’organisme. Et la jouissance désigne une sortie
hors des limites du plaisir et de la réalité, ouvrant ainsi
un au-delà du principe de réalité et du principe de
plaisir, pour tout sujet.
La
question du masculin et du féminin, se pose plutôt dans le
rapport du sujet à la structure du langage. Alors que le masculin
fait confiance à la parole de l’autre, le féminin, lui,
part du point de vue qu’aucune garantie ne saurait provenir de l’autre.
Lors des journées de mars, on soulignait que le fait de parler de
l’insuffisance du symbolique à dire la jouissance
laissait sous-entendre que le langage pouvait, dans une certaine
mesure, être suffisant. Mais ne s’agirait-il pas plutôt
du défaut du signifiant à dire la jouissance, un
défaut vis-à-vis duquel le masculin et le féminin se
positionneraient de façon différente ?
Le
phallus introduit la structure du langage dans les effets de l’effraction
et donne à chacun la possibilité d’évoquer, de
parler la jouissance mortelle qui agit en lui. Le phallus, le signifiant
du manque dans le langage, permet la création d’un espace qui
renverse les ravages de la jouissance en offrant un sursis à la mort.
On le voit : la question du phallus pose en filigrane celle de la castration.
Le sujet, jusque-là pris, aliéné, à force de
tenir l’Autre responsable de son manque, n’émerge-t-il
pas sous l’effet de la castration, suite à la chute de l’Autre,
en prenant acte de ce manque qu’il sait désormais se creuser
en lui ?
À
la différence du fantasme de castration, la castration n’est
pas une construction, mais bien le moment où l’Autre de la
séduction tombe et que se traverse le fantasme de la scène
primitive. Le sujet se retrouve alors seul avec sa pulsion et avec l’impossibilité,
désormais, de rejeter la faute sur l’Autre. De ce fait, la
rencontre de la castration ouvre sur l’acte éthique, sur la
parole et sur la responsabilité par-devers l’ab-sens et la
jouissance. Le sujet, à partir de cet espace où ça
ne cesse de travailler, arrêtera de nouveaux choix qui engageront
l’ensemble de sa vie.
Que
savons-nous du phallus et de la castration dans notre expérience
? La castration réfèrerait-elle à une forme de disparition,
de perte radicale ? Quelles pertes, mais aussi quelles découvertes
préfigure-t-elle ? La castration a-t-elle un sexe ? Quels sont les
enjeux liés à la castration pour un homme et pour une femme
? La castration est-elle possible hors de l’analyse ? La castration
a-t-elle un sens ? Comment vivre à partir de son désir dans
la société, dans la coexistence, en sachant la part de séduction
et d’imaginaire incluse dans le lien social ? Et si la psychanalyse
est dite asociale, que signifie alors ce lien social ?
Argument
proposé par Anny Béland, Marie-Claire Bouchard, Chantal Gagné,
Claudie Gagné, Audrey Vézina. Groupe de travail, finissants
2005