Dossier "388"

La journée du 14 novembre 2001

388: la décision du Ministère

Données d'évaluation annuelle du 388

Le rapport d'évaluation du 388

Conférences
et autres

Théorie et clinique psychanalytique des psychoses - journée clinique 2004

Esthétique et psychanalyse 2003, "Transcendance, un autre espace pour l'imprésentable"

Les lendemains du Séminaire

Actualités

Raymond Lemieux, récipiendaire 2001 du prix André-Laurendeau de l'Acfas

Danielle Bergeron, Fellowship 2001-2002, de l'American Psychiatric Association

Hommage à Sylvaine Tremblay

 

 

Quelques commentaires sur l'intervention
des usagers du "388"
lors de la journée d'audition devant le Groupe de travail sur les Services spécialisés et surspécialisés (GTSSS)

Le 14 novembre 2001

Résumé fait par Benoît Bélanger
et Mario Boies

 

Une dizaine d'usagers du "388" ont participé à l'élaboration d'un mémoire qu'ils ont adressé au Groupe de travail sur les services spécialisés et surspécialisés en santé mentale (GTSSS) formé par la RRSSSQ. Quatre d'entre eux, au nom de tous les usagers du Centre, ont aussi réclamé d'être entendus par le même groupe de travail pour défendre leur mémoire, lors de la journée d'audition du 14 novembre 2001. Ils souhaitaient faire entendre la spécificité de leur cheminement en invoquant être les seuls à pouvoir témoigner du traitement dispensé au "388" et des bénéfices obtenus. Le comité a agréé leur demande en acceptant de les recevoir à la toute fin de la journée d'audition. En tant qu'accompagnateurs des usagers, nous avons eu le privilège d'assister à leur présentation. Nous avons été touchés par la pertinence et la qualité de leurs interventions qui, au dire d'un psychiatre membre du groupe de travail, "étaient rafraîchissantes." Enfin la parole était donnée à ceux qui vivent effectivement l'expérience du traitement. Nous tenterons d'en transmettre un aperçu dans ce qui suit et de décrire l'ambiance qui régnait dans la salle ce soir-là.

L'accueil fut courtois et le président annonça aux usagers du "388" qu'ils disposaient d'une période de trente minutes. Les premiers instants furent plutôt laborieux. Les usagers s'étaient préparés à expliquer pourquoi ils avaient demandé à être entendus et comment ils avaient travaillé en groupe à l'élaboration de leur mémoire. Dans l'énervement les mots se bousculaient. Mais rapidement on passa à la période de questions et tout d'un coup le ton changea. Avec l'assurance tranquille de ceux qui savent de quoi ils parlent, les usagers ont répondu à toutes les questions qui leur étaient adressés. On reconnaissait dans leurs propos l'aplomb des gens qui ont réussi quelque chose dont ils sont fiers, en l'occurrence, leur expérience d'un traitement psychanalytique dans la communauté. L'un d'eux a avoué le motif de sa participation: "Si je suis ici ce soir, c'est que je tenais à démystifier le traitement au 388 et je voulais que vous puissiez mettre des visages sur ces personnes-là qui le vivent."

Les questions furent effectivement nombreuses et soutenues par un intérêt prononcé de la part du groupe de travail qui voulait réellement saisir quelque chose de l'expérience des usagers. Ceux-ci ont insisté sur ce qu'ils considèrent comme les deux grands volets du traitement: "la psychanalyse et les activités." Ces deux volets, ils les jugent absolument nécessaires et indissociables. À sa façon, l'un d'eux a expliqué que "sa cure analytique portait sur des événements de l'enfance mal vécus et que les ateliers d'art, qu'il ne faut pas confondre avec des ateliers occupationnels, lui fournissaient des occasions de revivre les mêmes choses mais d'une façon plus positive." D'autres ont dit que leur travail en psychanalyse leur avait permis de traverser de semblables difficultés, qu'il se créait ainsi une espèce d'aller-retour entre la cure et la confrontation à la vie sociale, les deux volets qui leur ont permis une véritable réarticulation sociale.

Quelqu'un leur a demandé : "Croyez-vous que vous seriez là où vous en êtes aujourd'hui, sans ce type de traitement?" et "Croyez-vous que la médication donne des résultats similaires avec des maladies comme celles-là?" Unanimement et d'un seul jet, la réponse est venue : "NON!" Et un usager d'ajouter : "J'aimerais bien ça y croire mais je suis sûr que c'est pas vrai." Il précisa avoir connu, avant le "388", d'autres modes de traitement, de longues hospitalisations, avec des électrochocs et de fortes doses de médicaments, qui n'ont eu d'effets que de "le rendre zombi et de l'empêcher de penser."

Au cours de cette demi-heure, les usagers ont beaucoup insisté sur un aspect qu'ils trouvent majeur dans leur expérience : selon eux, la rentabilité de leur traitement est due en grande partie aux efforts importants et soutenus qu'ils y ont investis. "C'est dur la psychanalyse, c'est un gros travail et un gros investissement." De plus "Il y a un plan d'intervention à tous les 6 mois où on se fait demander ce qu'on va faire dans les six prochains mois. Feras-tu un stage, des études? Ça met de la pression, je vous assure!" "Mais à un moment donné, ce n'est plus l'équipe qui nous pousse dans le dos, c'est nous-mêmes! Vous savez, on est imputable de ce qui nous arrive!" "Une des choses qui est discutée dans les premières rencontres c'est la fin du traitement. Il faut bien que ça ait une fin!" Et ils ont bien montré que ce travail avait un terme : "Moi aussi j'ai fait une cure qui a duré cinq ans mais c'est bien fini et maintenant je fais autre chose."

Un membre du comité, cadre dans un CLSC, a tenu à leur signifier que le budget du "388" était très élevé et qu'il y avait d'autres besoins criants, d'autres clientèles dont le comité avait aussi à se préoccuper. Irrité par le commentaire, un usager a rétorqué: "Si j'ai bien compris, vous nous dites qu'on est des enfants gâtés. Moi, je dis plutôt que la psychanalyse c'est difficile et qu'il faut s'investir beaucoup. Et ça devrait être un droit et non pas un privilège. De toute façon, ce genre de traitement est un investissement qui rapporte à la société." Approbative, celle qui avait posé la question a ainsi conclu : "Vous nous dites qu'en tant que comité, on devrait peut-être privilégier ce type de ressources parce qu'elles ont davantage de retombées positives."

Un autre leur a demandé :"Pourriez-vous nous dire la proportion de ceux qui travaillent parmi les usagers de votre Centre?" L'un des usagers a répondu : "Les statistiques, moi j'en sais rien mais en ce qui me concerne je travaille." D'autres comme lui se sont prononcés individuellement, permettant ainsi au groupe de travail en même temps qu'aux usagers présents, de découvrir que "Ça fait donc 3 sur 4 qui travaillent."

Les usagers ont souligné l'importance de la disponibilité de l'équipe d'intervenants et de psychiatres. Ils ont fait remarquer qu'ils ont besoin d'une intervention rapide lorsqu'ils téléphonent ou lorsqu'ils paniquent. Cette intervention doit venir dans les minutes qui suivent "sinon on se retrouve à l'urgence." Une des questions concernait la place de la médication : "Comment se prend la décision d'arrêter la médication?" Réponse : "Ça se décide en équipe comme le reste mais n'allez pas penser que tous les gens au Centre ne prennent pas de médicaments. Vous savez bien qu'avec ce genre de maladies, beaucoup en ont besoin." Tout en répondant de la sorte, les usagers ont réalisé, en faisant un compte rapide, qu'ils étaient 3 sur 4 à ne plus prendre de médicaments alors que le quatrième avait diminué la sienne de moitié depuis son admission au Centre.

Nous avons été frappés par le climat de sérénité qui a prévalu tout au long des témoignages malgré la nature très personnelle des propos des usagers. Pour les avoir côtoyés avant et après l'audition, nous avons pu constater jusqu'à quel point ils tenaient à faire cette intervention, sachant qu'ils s'adressaient parfois à des gens qui souhaitent à tout prix la fermeture du "388". En rentrant au Centre, même s'ils arrivaient mal à évaluer la portée de leur présentation, ils en étaient fiers.

De notre côté, nous avons été édifiés par l'éthique et le courage de ces usagers qui ont répondu avec franchise et simplicité à toutes les questions du comité. Ils ont pris le risque de s'exposer devant quinze professionnels pour témoigner de ce qu'ils ont de plus intime, c'est à dire de leur maladie, de leur traitement et de leur vie. Ils l'ont fait en dépassant leur intérêt personnel, "leur petite personne", et en cela ils ont démontré qu'ils tiennent au "388", pour eux mêmes mais aussi pour ceux qui viendront après eux et qui pourront en bénéficier. Nous ne pouvons donc qu'apprécier leur grande générosité. Personne ne pouvait le faire mieux qu'eux mêmes.