Dossier "388"

La journée du 14 novembre 2001

388: la décision du Ministère

Données d'évaluation annuelle du 388

Le rapport d'évaluation du 388

Conférences
et autres

Théorie et clinique psychanalytique des psychoses - journée clinique 2004

Esthétique et psychanalyse 2003, "Transcendance, un autre espace pour l'imprésentable"

Les lendemains du Séminaire

Actualités

Raymond Lemieux, récipiendaire 2001 du prix André-Laurendeau de l'Acfas

Danielle Bergeron, Fellowship 2001-2002, de l'American Psychiatric Association

Hommage à Sylvaine Tremblay

 

 

 

Évaluation du "388"
par des experts
et données d'évaluation annuelle
par le Gifric

Mai 2002

 

 

Du 1er mai au 3 mai 2002, le Centre de traitement psychanalytique pour jeunes psychotiques, le "388" a reçu la visite des évaluateurs mandatés par la Régie Régionale de Québec et le Ministère de la Santé et des Services Sociaux. Ils étaient trois, un directeur d'hôpital psychiatrique de la région de l'Outaouais, et deux psychiatres de la région de Montréal. Auparavant l'équipe de traitement du 388 avait reçu d'eux un questionnaire de 77 questions, dont deux seulement portaient sur la psychothérapie. Avant leur venue à Québec la Direction du 388 leur avait fait parvenir un certain nombre de documents les informant sur les dirigeants du Centre, l'équipe de traitement, l'organisation du Centre et ses activités, le Gifric, concepteur du programme et garant de l'approche, de même que des copies des dizaines de lettres reçues par le Ministère de tous ceux qui au Québec et ailleurs en Amérique ou en Europe sont étonnés, voire scandalisés par la démarche de remise en cause de ce Centre, unique par son approche et ses résultats.

Les visiteurs dans leur démarche d'évaluation du Centre ont rencontré l'équipe de traitement du 388; environ vingt-cinq professionnels et partenaires dans le traitement provenant de plusieurs institutions de santé et organismes communautaire de la ville de Québec; plus d'une quarantaine de patients du Centre; quelque trente-cinq familles de patients; et à la demande du Gifric, une équipe de la Direction du Gifric. Ils ont également rencontré des représentants de la Direction de l'hôpital Robert Giffard. Ils ont pu donc constater par eux-mêmes comment fonctionne ce Centre qui se veut une alternative au traitement hospitalier traditionnel. L'élément décisif de cette visite aura été sans doute les nombreux témoignages et interrogations de patients, de parents et de partenaires, bref des premiers bénéficiaires et des premiers témoins de l'approche de traitement psychanalytique et des résultats de ce Centre dans le traitement dans la communauté pour des troubles mentaux sévères et persistants. Il est de bon ton entre psychiatres biologistes et certains fonctionnaires de mettre en doute ou de critiquer de tels résultats. Nous nous sommes souvent faits dire : "ce n'est pas quelques minutes de causette avec des psychotiques qui peuvent changer quoi que ce soit à la vie malheureuse de ces gens ". Ou bien encore on a souvent mis en doute la gravité des cas que nous traitons au Centre. Enfin des professionnels et un administrateur rompus au travail avec les psychotiques, avec lesquels ils sont aux prises quotidiennement, même s'ils ne partagent pas notre approche, ont pu à loisir vérifier faits. À ce que nous en avons appris par la suite, tous ont été unanimes, et dans leurs témoignages concernant les services, le traitement au 388 et les résultats de ce traitement au Centre, et dans leurs recommandations concernant l'avenir du Centre.

Ces faits bien sûr sont étonnants pour les uns et impensables pour d'autres. L'hypothèse officielle qui sous-tend un mode de traitement centré sur les médicaments et l'hospitalisation, traitement imposé de façon générale comme l'unique solution, est que la psychose, en particulier sous sa manifestation schizophrénique est une maladie du cerveau, dégénérative qui doit être soignée la vie durant par des moyens biochimiques. D'une façon générale, cette conception du traitement suppose que les personnes atteintes de tels troubles devront être prises en charge et seront à charge à la société d'une manière ou d'une autre, pour le reste de leur vie. La psychanalyse à toute fin utile doit être bannie pour ce type de patients, elle ne peut que leur nuire. C'est la ligne du guide des pratiques dites les meilleures, sur la base duquel l'hôpital arguait de la fermeture de ce Centre de traitement pour jeunes psychotiques.

Le questionnaire d'évaluation auquel l'équipe de traitement du 388 a dû répondre allait dans ce sens, respectant la doctrine officielle. Il permettait de faire le tour complet des mesures les plus appropriées de soins, de suivi et d'accompagnement pour des personnes atteintes de tels troubles dans la problématique d'un traitement essentiellement biochimique et de leur prise en charge institutionnelle, à l'exception bien sûr de la psychothérapie analytique et de la psychanalyse. Les évaluateurs ont pu douter de la valeur des réponses de l'équipe du 388 à ce questionnaire, comme ils ont pu douter comme certains autres, de l'authenticité des lettres écrites par les patients, avant de venir se rendre compte par eux-mêmes auprès des premiers intéressés de la qualité des services offerts au Centre, du mode de traitement et de ses résultats. À leur rencontre avec les patients, les évaluateurs étaient seuls, à leur demande, dans une salle fermée avec plus de quarante psychotiques et ont pu entendre chacun témoigner et rendre compte de l'avancement de son traitement comme de son évolution psychosociale. Ils ont pu également entendre les parents parler d'expérience du traitement et de l'évolution de leurs enfants au cours du traitement. Ils ont entendu également d'anciens patients, désormais engagés dans la vie sociale en position de citoyens responsables, mais revenus au Centre pour les rencontrer à une semaine d'avis, à l'occasion de cette évaluation. D'autres n'ayant pu obtenir un congé de leur lieu de travail, en un laps de temps aussi court, leur ont écrit. Tous leur ont dit ce qu'ils pensent de leur traitement, ce qu'ils doivent à la psychanalyse, aux professionnels qui les assistent dans leur traitement et au Gifric qui a conçu et dirigé ces services pendant vingt ans. Ils ont aussi exprimé, comme les parents et les partenaires, ce qu'ils voudraient voir comme solution pour la continuation de tels services. Pour corroborer ces dires s'il en était encore besoin, le Gifric a tenu à remettre aux évaluateurs à leur départ de Québec, des données d'évolution psychosociale de chacun des 87 patients en traitement au Centre au 31 mars 2002, date de la fin du contrat entre le Gifric et l'hôpital psychiatrique, et donc de la prise du contrôle du Centre par l'hôpital.

Les évaluateurs déposeront leur rapport au Ministère de la Santé et des Services Sociaux à la fin du mois de mai.

Nous rendons publiques ici quelques-unes des données d'évaluation du Centre par le Gifric, auxquelles les évaluateurs ont pu avoir accès, après en avoir vérifié le fait auprès des patients, de leurs familles et des partenaires du Centre dans le traitement et la réhabilitation sociale des patients. Ces données issues de l'observatoire clinique du Gifric, ne sont communiquées qu'à titre indicatif du type d'analyse d'évaluation que le Gifric a entrepris de façon continue, dans le cadre de la recherche action sur le traitement des psychoses, pour soutenir les pratiques cliniques des professionnels du Gifric et du 388 dans la direction et l'orientation du traitement. Les résultats escomptés et obtenus au Centre ne sont pas possibles sans le soutien permanent des pratiques cliniques par la recherche et l'évaluation continue de ces pratiques que permet l'observatoire clinique.

Notre position n'a pas changé du fait que nous nous sommes prêtés de bonne grâce à cette opération d'évaluation voulue par le Ministère. Une évaluation d'agrément se justifie parfaitement dans la problématique de constitution d'un Programme régional de traitement dans la communauté pour les troubles sévères et persistants, comme le veulent la Régie Régionale et le Ministère. Il reste que les autres centres de traitement, tout comme les départements d'admission de l'hôpital psychiatrique doivent être soumis pour le moins au même type d'évaluation que le 388, et les résultats de ces évaluations doivent être traités selon les mêmes règles pour tous. C'est un minimum auquel ont droit les patients et les familles qui sont les utilisateurs de ces centres et des départements d'admission de l'hôpital, en tant que citoyens. Ils ont le droit de savoir s'ils ont accès à la même qualité de services d'un centre à l'autre, tout comme à l'hôpital, pour pouvoir faire des choix éclairés car c'est de leur vie ou de celle de leurs proches qu'il s'agit. Nous resterons vigilants sur cette question désormais.

Ceci fait, la question d'éthique sociale et politique du droit du citoyen au choix de son mode de traitement dans le cas des troubles mentaux sévères et persistants demeure entier, et n'est pas résolu par ce type d'évaluation, dont les critères et les paramètres reposent sur une seule approche de traitement. Nous allons revenir sur ces questions, qu'il faut maintenir au cœur du débat sur les approches de traitement pour les troubles mentaux sévères et persistants.

Données d'évaluation annuelle du "388" par le Gifric