Dossier "388"

La journée du 14 novembre 2001

388: la décision du Ministère

Données d'évaluation annuelle du 388

Le rapport d'évaluation du 388

Conférences
et autres

Théorie et clinique psychanalytique des psychoses - journée clinique 2004

Esthétique et psychanalyse 2003, "Transcendance, un autre espace pour l'imprésentable"

Les lendemains du Séminaire

Actualités

Raymond Lemieux, récipiendaire 2001 du prix André-Laurendeau de l'Acfas

Danielle Bergeron, Fellowship 2001-2002, de l'American Psychiatric Association

Hommage à Sylvaine Tremblay

 

 

Décision du Ministère concernant le maintien des services au
Centre psychanalytique
de traitement
pour jeunes adultes psychotiques
,
le "388"

Le 1er mars 2002

Extrait de la lettre de M. Pierre Gabrièle, sous-ministre, adressée au directeur général de la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux, M. Michel Fontaine, dont une copie a été envoyée à la Direction du "388", à la Présidence du Gifric, à la direction du CHRG et au responsable du Comité des parents des utilisateurs de services:

"...il m'apparaît important de rappeler ma préoccupation concernant le maintien et la poursuite des services offerts par le 388, selon l'approche développé par le Gifric et en assurant notamment le maintien du personnel clinique actuellement en place. Il s'agit là d'un engagement que nous avons pris à l'endroit des usagers et de leurs parents. (...) Je vous demande également de me faire connaître ... les mécanismes de fonctionnement et les conditions assurant le maintien des services aux usagers du 388 à l'intérieur de l'approche d'intervention et de la pratique privilégiée par les professionnels du 388 et du Gifric."

Pierre Gabrièle
Sous-ministre à la Santé et aux Services sociaux

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Mécanismes mis en place pour assure
la continuation des services cliniques au "388"

La lettre du Sous-ministre donnant la position officielle du Ministère semble claire à ce jour pour tous ceux qui l'ont lue. Dans cette lettre le Sous-ministre demande à la Régie régionale de la Santé et des Services sociaux de l'informer après le fait sur les services qui sont mis en place pour assurer la continuation des services cliniques tels que promis aux utilisateurs de ces services, à leurs parents et à leurs proches.

La réponse à cette requête du Sous-ministre ne se comprend pas si l'on ne prend pas en compte la position de la Direction de l'Hôpital et des psychiatres biologistes à qui sert cette position. Bien sûr le Gifric a accepté les décisions du Ministère même s'il n'y croyait pas, et qu'il a essayé longuement de faire comprendre pourquoi cela ne pouvait pas marcher. Mais dans un tel contexte c'était facile d'argumenter que le Gifric ne faisait que défendre ses intérêts. Mais que faisaient donc tous les autres? Regardons les faits.

Au 31 mars 2002, le contrat entre le Gifric et le Centre Hospitalier Robert Giffard (CHRG) prenait fin, et le Gifric s'est retiré du 388, puisque le Ministère a trouvé bon que les choses se passent ainsi et que la gestion administrative et clinique du 388 soit confiée au CHRG comme le réclamait l'hôpital avec toutes les bonnes raisons administratives que l'on peut imaginer dans de telles circonstances. Au matin du 1er avril le 388 s'est donc retrouvé sans Direction, privé du contrôle clinique et de la supervision de ceux qui ont conçu, développé et géré depuis vingt ans l'approche qui a donné les résultats cliniques que nous rendrons accessibles sur ce site dans les jours qui viennent.

La Direction du Centre, mis en place par le Gifric pour en contrôler les activités cliniques de façon hebdomadaire, l'exécutif du Centre où patients et intervenants peuvent à longueur de semaine revenir sur les activités et les difficultés rencontrées pour en discuter et en référer ensuite à la Direction, la Coordination des équipes et des activités cliniques qui, deux fois par jour, permet de reprendre la composition des équipes et le déroulement des activités et les adapter aux situations vécues et régler avec les intervenants et les patients immédiatement les points qui demandent un ajustement clinique, ces structures ont été supprimées du jour au lendemain. Elles ont été remplacées par un Chef de Programme, qui n'a aucune connaissance de la psychanalyse et aucune expérience avec les psychotiques. Ce monsieur est et se dit le patron désormais. Il décide et intervient directement auprès des intervenants sans même consulter le Dr Danielle Bergeron, qui n'est désormais plus la directrice du Centre , mais le médecin responsable. Le Chef de programme prend ses ordres directement de la Direction de l'hôpital qui dirige le Centre par personne interposée.

Les premières décisions prises par le Chef de programme ont donc rencontré une réaction très vive de la part des intervenants qui se rendent compte qu'ils sont désormais abandonnés seuls avec les patients dans la communauté sans les balises cliniques inventées et mises en place par le Gifric à travers les différents mécanismes qui ont disparu : Direction, Exécutif, Coordination des activités cliniques et toutes les réunions journalières, hebdomadaires, mensuelles ou trimestrielles qui supportent le bon fonctionnement de ces mécanismes. De la même façon ont également disparu du jour au lendemain, tous les mécanismes de contrôle, de supervision clinique, d'études des cas complexes et d'évaluation de l'évolution des plans de traitement et de l'évolution psychosociale des patients mis en place et gérés par le Gifric au moyen de l'Observatoire clinique (Recherches sur l'étude longitudinale et l'évolution clinique des cas en fonction des activités de traitement). La seule chose qui aura été conservée sous pression de la Régie et du Ministère est la réunion clinique hebdomadaire.

Cette suppression de ce qui représente le cœur actif du traitement au 388 est devenu symptomatique avec le refus du CHRG de réengager l'analyste qui voit le plus d'usagers en cure analytique, de même que le coordonnateur des équipes cliniques de traitement. La Régie régionale a engagé ces deux personnes pour une période n'excédant pas le 1er septembre 2002. Ce que craignaient parents et utilisateurs est arrivé, le 388, le Centre de traitement psychanalytique pour jeunes psychotiques est sur le point de devenir avec le temps une coquille vide, comme le veut la Direction de l'hôpital en dépit des promesses et déclarations des autorités ministérielles.

Cette date semble d'ailleurs fatidique. Elle est révélatrice de la duplicité des discours et des actions qui caractérisent ce dossier. D'une part le Sous-ministre affirme et écrit que le problème est résolu et que le Ministère a donné satisfaction aux citoyens utilisateurs de services et à leurs parents et proches qui réclament la continuation des services donnés par le Gifric et avec les résultats de ces services auxquels ils estiment avoir droit, car ce sont des services payés par les impôts du public. D'autre part de toute évidence ni la Régie, ni le Ministère ne semblent avoir obtenu du CHRG qu'il respecte leurs décisions et leurs orientations clairement exprimées, si l'on s'en tient aux textes. Le CHRG s'engage dans une opération de démantèlement systématique du Centre, en le privant de ce qui en fait l'originalité et en assure les résultats.

Ce sont d'ailleurs sans doute ces résultats qui inquiètent compte tenu de la satisfaction des clients, chose rare dans le champ de la santé mentale. En effet, une évaluation du Centre est demandée par le Ministère. Mais le CHRG estime et proclame que cette évaluation se fait à sa demande, pour pouvoir mettre fin aux services donnés au Centre. Le Chef de Programme en effet informe les patients que cette évaluation est faite pour résoudre les "confrontations" (sic) entre le 388 et le CHRG, et donc que le dépôt du rapport des évaluateurs s'il est négatif marquera la fin du Centre tel qu'il est actuellement et éventuellement sa fermeture définitive au 1er septembre. Il leur explique que son mandat est seulement provisoire. Il est engagé jusqu'au dépôt du rapport d'évaluation, date à laquelle le CHRG décidera du sort du Centre, et de la relocalisation des patients et des employés à l'intérieur de l'hôpital. Ces déclarations venues de la Direction du CHRG qui informe le Chef de Programme posent un sérieux point d'interrogation quant aux raisons des engagements provisoires de l'analyste principal et du coordonnateur des équipes cliniques par la Régie Régionale. Pendant ce temps le discours du Ministère et de la Régie Régionale sur l'évaluation est d'une toute autre teneur. D'après eux il s'agit d'une évaluation de type "agrément" visant à améliorer, si le besoin se manifeste, les pratiques et les services au 388. Donc là encore nous sommes en face de deux discours contradictoires mais d'une pratique précise de démantèlement. Il est évident en effet, que les décisions, les pratiques du CHRG créent une situation de panique chez les patients et d'angoisse chez les intervenants qui sur le plan clinique est désastreuse. Cela ne les prépare guère à rencontrer des évaluateurs dans un climat clinique sain et serein. Les patients seront encore les victimes des luttes d'administrateurs, de psychiatres et de fonctionnaires. Nous avions pourtant prévenu la Régie et le Ministère du danger d'une évaluation en temps de crise, tant en ce qui concerne l'objectivité et la crédibilité de l'opération dans son ensemble, qu'en ce qui concerne le bien des patients eux-mêmes. En cela, on s'en remet au sérieux et au professionnalisme des évaluateurs. Mais la Direction du CHRG et ses psychiatres biologistes voient plutôt là une situation à exploiter et ils ne s'en privent pas. Cette incompatibilité des discours et des pratiques qui éclatent en plein jour au grand désespoir des patients, de leurs proches et des intervenants est là depuis le début du conflit qui cache le débat de fond sur les modalités du traitement véritable de la psychose. Il faut attendre et voir les suites.

Nous publierons bientôt ici les détails de l'approche et ses résultats provisoires qu'une recherche approfondie devrait valider dans l'avenir.