Nous
avons donc été très soulagés lorsque le
conseil d'administration de la Régie régionale a voté
la résolution 73-CA-04.01 le 21 juin 2001, dont l'objectif est
de doter la région de Québec d'un programme régional
de traitement et de réadaptation en santé mentale dans
la communauté. Le conseil d'administration a confié ce
mandat à la RRSSSQ.
Nous
appuyons fermement la démarche de monsieur Pierre Gabrièle,
sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, qui a demandé
au CHRG de surseoir jusqu'en décembre 2001 à la mise en
application des décisions prises par son conseil d'administration
en regard de la réorganisation des services en santé mentale
offerts dans la communauté et de la fermeture du "388".
Il
importe, en effet, qu'au moment où la RRSSSQ développe
un programme régional, que le CHRG ne démantèle
pas les ressources essentielles sur lesquelles ce programme reposera.
Ce sursis devra être prolongé tant et aussi longtemps que
ce programme régional n'aura pas été approuvé
par le conseil d'administration de la RRSSSQ. Ce n'est qu'à ce
moment que les décisions de réorganisation pourront être
mises en uvre, conformément au programme développé
et approuvé.
Problématique
À
l'aube de l'année 2002, il est étonnant de constater que
certains spécialistes croient encore en la présence rassurante
des quatre murs d'un asile psychiatrique. Étonnant aussi que
nous devions faire face à des suivis médicaux trop peu
fréquents et sans lien avec l'environnement familial et social
du patient. Nous devons aussi composer avec des urgences d'hôpitaux
non spécialisées devant accueillir des malades en état
de crise. Nous devons aussi nous débattre pour avoir accès
à un diagnostic ou à un traitement, puisque les ressources
sont peu connues des malades et de leurs familles et que les intervenants
se concertent peu. Notons également que les attaques répétitives
des autorités actuelles du CHRG, envers le mode de traitement
dans la communauté et le non-respect du principe de la diversité
des traitements, provoquent l'insécurité. Le manque de
dynamisme dans la mise en place de services se rattachant aux orientations
du ministère crée un écart grandissant entre les
besoins de plus en plus urgents d'une population démunie et les
ressources existantes, ce qui a pour effet d'envenimer les relations
entre les parties.
Nous
sommes témoins et sympathisants de la misère, de l'isolement
et de I'égarement des personnes qui souffrent de troubles mentaux.
Énorme est le travail à réaliser. Si certains spécialistes
acceptaient de reconnaître les services déjà existants
au lieu de chercher à les diminuer et même à les
supprimer, nous pourrions dès lors répondre aux objectifs
du ministère et mettre en place un système de soins dans
la communauté fondé sur l'écoute des besoins réels
des usagers et de leurs familles. Au cours de la dernière année,
plusieurs centres de traitement dans la communauté ont été
menacés par le CHRG de fermeture, de voir disparaître leurs
lits de crise ou encore de voir réduire leurs heures de disponibilité
aux usagers. Voilà qui met en péril ces services et la
qualité des soins qu'ils dispensent, et menace la stabilité
des patients et leurs progrès.
Les
usagers et leurs familles ont grand besoin que la société
québécoise se dote d'un système dans lequel ils
seront bien informés des services qui s'offrent à eux;
où ils ne feront pas les frais des divergences d'opinion entre
spécialistes; et, finalement, où il y aura un réel
partenariat entre les intervenants. Ces trois exigences sont essentielles
pour assurer une transformation des services de santé mentale
qui soit garante de succès.
Pour
avoir dû rechercher un traitement et des services adéquats
pour soutenir nos proches atteints d'une maladie mentale, nous sommes
pleinement conscients de leurs besoins et des lacunes du système.
La maladie mentale engendre la peur, l'inquiétude, la révolte,
le découragement et l'épuisement chez les malades et leurs
familles. C'est en réaction à tous ces maux que nous,
les parents, appuyons sans réserves les grandes orientations
du ministère et que nous voulons que les différents intervenants
se concertent et les réalisent.
Il
est essentiel que les personnes bénéficiant des services
dans la communauté puissent s'exprimer, soient respectées
et bien dirigées dans leurs choix de traitement. Pour ce faire,
il faut maintenir la diversité des services en santé mentale
et éviter toute partialité des intervenants ou représentants
médicaux.
Le
traitement et la réadaptation dans la communauté, en tant
qu'alternatives à l'hospitalisation, s'avèrent une voie
économique pour soigner les personnes présentant des troubles
mentaux graves. En effet, en milieu hospitalier, chaque patient coûte
40 000 $, dont une contribution de quelque 6 500 $ prise à même
ses revenus d'aide sociale. Dans les centres communautaires, la RRSSSQ
dépense environ 18 000 $ par patient et l'aide sociale contribue
pour un autre 9 000 $, ce qui permet de maintenir dans son milieu de
vie la personne atteinte. Il est injuste de comparer les coûts
de traitement des centres communautaires avec les coûts des soins
prodigués par les services de première ligne, lesquels
sont axés davantage sur le dépistage, le diagnostic et
le suivi, étapes moins exigeantes en termes de ressources. Il
est normal que le coût des traitements varie selon la gravité
et la complexité de la maladie qui affecte les patients, tout
comme en santé physique il existe une grande diversité
d'affections. Fournir le même type et le même niveau de
traitement à tous, comme le réclament certains, serait
une aberration.
Commentaires
et recommandations
Les
traitements dans la communauté que "Le 388" dispense
ont fait leurs preuves depuis vingt ans, réussissant la réintégration
sociale des personnes traitées sur un horizon moyen de neuf années.
Ses principales caractéristiques doivent être maintenues,
puisque ce traitement complet évite les hospitalisations à
répétition et dont les coûts sont faramineux pour
l'État. Les traitements en milieu hospitalier ne permettent pas
la réintégration sociale des patients, puisqu'ils ne peuvent
reprendre pied dans la communauté et sont maintenus plutôt
en état de ne pas nuire. Nous rejetons fermement ce sort pour
nos proches. Aussi considérons-nous comme primordial et absolument
nécessaire de rendre les services régionaux de traitement
et de réadaptation en santé mentale dans la communauté
accessibles à tous ceux qui en ont besoin.
Cet
objectif devrait être réalisé par la création
d'une autorité administrative et clinique unique permettant une
meilleure coordination et un meilleur usage des ressources de l'ensemble
du réseau de la santé et des services sociaux, de même
qu'une utilisation des fonds disponibles qui soit conforme aux orientations
du ministère.
Il
importe que le rôle de tous les acteurs qui seront appelés
à intervenir dans le futur programme régional soit très
bien défini et qu'on développe une solidarité régionale
entre tous les intervenants.
Des
luttes intestines ont trop souvent miné les énergies des
principaux intervenants dans ce dossier. On doit en trouver les causes
et appliquer les solutions qui s'imposent et ne pas oublier que l'important
est d'aider ceux et celles qui sont affligés d'un problème
de santé mentale.
À
titre d'exemple, nous recommandons qu'une autorité administrative
et clinique soit représentée par des personnes qui croient
aux différentes formules de traitement et de réadaptation
dans la communauté, personnes qui seraient, par conséquent,
en mesure de maintenir la diversité des approches cliniques,
de les améliorer et de dispenser les services selon les besoins
des usagers. Ces derniers doivent trouver un lieu de réconfort
où ils peuvent réapprendre à vivre en société,
développer leurs habiletés et retrouver leur autonomie
et leur dignité.
Nous
sommes conscients des pressions énormes que subissent le MSSS
et la RRSSSQ pour que soit levé le moratoire empêchant
la réduction des services communautaires. Nous vous demandons
de maintenir fermement votre ligne de conduite et de ne pas céder
aux décisions hâtives, telles que le demandent les autorités
du CHRG et certains psychiatres. Dans le cas contraire, la seule alternative
éprouvée à l'hospitalisation, c'est-à-dire
les centres de traitement en santé mentale dans la communauté,
serait éliminée. Une telle décision serait inacceptable.
En
définitive, le moratoire imposé au CHRG doit être
maintenu jusqu'à ce que le programme régional en santé
mentale soit adopté.