Mémoire du Comité des parents
des usagers du "388"

Novembre 2001

Introduction

La proposition de réorganisation des services de santé mentale dans la communauté par le CHRG, le 25 avril 2001, a été refusée par la Régie régionale de Québec, à la suite des protestations multiples provenant des usagers, des intervenants, des centres communautaires ainsi que des proches. Cette proposition du CHRG contrevenait carrément aux orientations émises par le ministère et liant la RRSSSQ.

 

Nous avons donc été très soulagés lorsque le conseil d'administration de la Régie régionale a voté la résolution 73-CA-04.01 le 21 juin 2001, dont l'objectif est de doter la région de Québec d'un programme régional de traitement et de réadaptation en santé mentale dans la communauté. Le conseil d'administration a confié ce mandat à la RRSSSQ.

Nous appuyons fermement la démarche de monsieur Pierre Gabrièle, sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, qui a demandé au CHRG de surseoir jusqu'en décembre 2001 à la mise en application des décisions prises par son conseil d'administration en regard de la réorganisation des services en santé mentale offerts dans la communauté et de la fermeture du "388".

Il importe, en effet, qu'au moment où la RRSSSQ développe un programme régional, que le CHRG ne démantèle pas les ressources essentielles sur lesquelles ce programme reposera. Ce sursis devra être prolongé tant et aussi longtemps que ce programme régional n'aura pas été approuvé par le conseil d'administration de la RRSSSQ. Ce n'est qu'à ce moment que les décisions de réorganisation pourront être mises en œuvre, conformément au programme développé et approuvé.

Problématique

À l'aube de l'année 2002, il est étonnant de constater que certains spécialistes croient encore en la présence rassurante des quatre murs d'un asile psychiatrique. Étonnant aussi que nous devions faire face à des suivis médicaux trop peu fréquents et sans lien avec l'environnement familial et social du patient. Nous devons aussi composer avec des urgences d'hôpitaux non spécialisées devant accueillir des malades en état de crise. Nous devons aussi nous débattre pour avoir accès à un diagnostic ou à un traitement, puisque les ressources sont peu connues des malades et de leurs familles et que les intervenants se concertent peu. Notons également que les attaques répétitives des autorités actuelles du CHRG, envers le mode de traitement dans la communauté et le non-respect du principe de la diversité des traitements, provoquent l'insécurité. Le manque de dynamisme dans la mise en place de services se rattachant aux orientations du ministère crée un écart grandissant entre les besoins de plus en plus urgents d'une population démunie et les ressources existantes, ce qui a pour effet d'envenimer les relations entre les parties.

Nous sommes témoins et sympathisants de la misère, de l'isolement et de I'égarement des personnes qui souffrent de troubles mentaux. Énorme est le travail à réaliser. Si certains spécialistes acceptaient de reconnaître les services déjà existants au lieu de chercher à les diminuer et même à les supprimer, nous pourrions dès lors répondre aux objectifs du ministère et mettre en place un système de soins dans la communauté fondé sur l'écoute des besoins réels des usagers et de leurs familles. Au cours de la dernière année, plusieurs centres de traitement dans la communauté ont été menacés par le CHRG de fermeture, de voir disparaître leurs lits de crise ou encore de voir réduire leurs heures de disponibilité aux usagers. Voilà qui met en péril ces services et la qualité des soins qu'ils dispensent, et menace la stabilité des patients et leurs progrès.

Les usagers et leurs familles ont grand besoin que la société québécoise se dote d'un système dans lequel ils seront bien informés des services qui s'offrent à eux; où ils ne feront pas les frais des divergences d'opinion entre spécialistes; et, finalement, où il y aura un réel partenariat entre les intervenants. Ces trois exigences sont essentielles pour assurer une transformation des services de santé mentale qui soit garante de succès.

Pour avoir dû rechercher un traitement et des services adéquats pour soutenir nos proches atteints d'une maladie mentale, nous sommes pleinement conscients de leurs besoins et des lacunes du système. La maladie mentale engendre la peur, l'inquiétude, la révolte, le découragement et l'épuisement chez les malades et leurs familles. C'est en réaction à tous ces maux que nous, les parents, appuyons sans réserves les grandes orientations du ministère et que nous voulons que les différents intervenants se concertent et les réalisent.

Il est essentiel que les personnes bénéficiant des services dans la communauté puissent s'exprimer, soient respectées et bien dirigées dans leurs choix de traitement. Pour ce faire, il faut maintenir la diversité des services en santé mentale et éviter toute partialité des intervenants ou représentants médicaux.

Le traitement et la réadaptation dans la communauté, en tant qu'alternatives à l'hospitalisation, s'avèrent une voie économique pour soigner les personnes présentant des troubles mentaux graves. En effet, en milieu hospitalier, chaque patient coûte 40 000 $, dont une contribution de quelque 6 500 $ prise à même ses revenus d'aide sociale. Dans les centres communautaires, la RRSSSQ dépense environ 18 000 $ par patient et l'aide sociale contribue pour un autre 9 000 $, ce qui permet de maintenir dans son milieu de vie la personne atteinte. Il est injuste de comparer les coûts de traitement des centres communautaires avec les coûts des soins prodigués par les services de première ligne, lesquels sont axés davantage sur le dépistage, le diagnostic et le suivi, étapes moins exigeantes en termes de ressources. Il est normal que le coût des traitements varie selon la gravité et la complexité de la maladie qui affecte les patients, tout comme en santé physique il existe une grande diversité d'affections. Fournir le même type et le même niveau de traitement à tous, comme le réclament certains, serait une aberration.

Commentaires et recommandations

Les traitements dans la communauté que "Le 388" dispense ont fait leurs preuves depuis vingt ans, réussissant la réintégration sociale des personnes traitées sur un horizon moyen de neuf années. Ses principales caractéristiques doivent être maintenues, puisque ce traitement complet évite les hospitalisations à répétition et dont les coûts sont faramineux pour l'État. Les traitements en milieu hospitalier ne permettent pas la réintégration sociale des patients, puisqu'ils ne peuvent reprendre pied dans la communauté et sont maintenus plutôt en état de ne pas nuire. Nous rejetons fermement ce sort pour nos proches. Aussi considérons-nous comme primordial et absolument nécessaire de rendre les services régionaux de traitement et de réadaptation en santé mentale dans la communauté accessibles à tous ceux qui en ont besoin.

Cet objectif devrait être réalisé par la création d'une autorité administrative et clinique unique permettant une meilleure coordination et un meilleur usage des ressources de l'ensemble du réseau de la santé et des services sociaux, de même qu'une utilisation des fonds disponibles qui soit conforme aux orientations du ministère.

Il importe que le rôle de tous les acteurs qui seront appelés à intervenir dans le futur programme régional soit très bien défini et qu'on développe une solidarité régionale entre tous les intervenants.

Des luttes intestines ont trop souvent miné les énergies des principaux intervenants dans ce dossier. On doit en trouver les causes et appliquer les solutions qui s'imposent et ne pas oublier que l'important est d'aider ceux et celles qui sont affligés d'un problème de santé mentale.

À titre d'exemple, nous recommandons qu'une autorité administrative et clinique soit représentée par des personnes qui croient aux différentes formules de traitement et de réadaptation dans la communauté, personnes qui seraient, par conséquent, en mesure de maintenir la diversité des approches cliniques, de les améliorer et de dispenser les services selon les besoins des usagers. Ces derniers doivent trouver un lieu de réconfort où ils peuvent réapprendre à vivre en société, développer leurs habiletés et retrouver leur autonomie et leur dignité.

Nous sommes conscients des pressions énormes que subissent le MSSS et la RRSSSQ pour que soit levé le moratoire empêchant la réduction des services communautaires. Nous vous demandons de maintenir fermement votre ligne de conduite et de ne pas céder aux décisions hâtives, telles que le demandent les autorités du CHRG et certains psychiatres. Dans le cas contraire, la seule alternative éprouvée à l'hospitalisation, c'est-à-dire les centres de traitement en santé mentale dans la communauté, serait éliminée. Une telle décision serait inacceptable.

En définitive, le moratoire imposé au CHRG doit être maintenu jusqu'à ce que le programme régional en santé mentale soit adopté.

Le Comité des parents du Centre "Le 388"

 

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