Distinguons
le traitement psychiatrique
et suivi à l'hôpital du traitement et suivi au "388"
Les
psychiatres du "388" travaillant à la fois à
l'hôpital psychiatrique et dans un centre dans la communauté
constatent les différences entre le traitement en institution
et celui dans la communauté. Procurer des soins aux psychotiques
en crise fait partie du travail du psychiatre en milieu hospitalier.
Le terme "soins" réfèrent aux différents
moyens utilisés à l'hôpital pour diminuer les symptômes
psychotiques : la médication per os ou intra-musculaire prescrit
ou non en urgence, les électrochocs, l'isolement, les contentions,
la garde préventive ou provisoire, le systèmes des passes
pour les sorties, etc. Dans plusieurs situations, ces moyens revêtent
un aspect coercitif ou sont vécus comme tel par le patient. Ils
témoignent de la peur que la psychose provoque encore chez les
traitants et les intervenants.
La
différence radicale entre le traitement hospitalier et celui
dans la communauté repose sur deux principes de base : le refus
de l'équipe traitant le patient de le prendre en charge et l'acceptation
de ce dernier à se prendre en main. À l'hôpital,
les conditions mêmes de l'hospitalisation ou du suivi, pensons
de façon caricaturale au PACT (Program Assertive Communauty Treatment),
ne conduisent pas le patient à prendre la responsabilité
de son traitement ni le médecin de l'amener à cela. Le
patient attend de son psychiatre, des infirmières, du travailleur
social que ces derniers règlent ses problèmes de psychose
puisque c'est une maladie.
Au
"388", la structure et le fonctionnement du Centre sont conçus
à l'exclusion des moyens coercitifs inhérents à
l'organisation hospitalière : pas de salle d'isolement; pas de
médication d'urgence, aucun moyen de contention physique, enfin
toutes les portes s'ouvrent de l'intérieur sans clef. De quelle
façon alors le traitement est-t-il initié? La limite du
traitement est donc la perte de contact qui met en danger la sécurité
du patient ou celle des autres. On a alors recours à l'hôpital
comme un lieu pouvant assurer la protection. L'usager sait en entrant
au "388" que le principe majeur de son traitement est la demande
qu'il a adressée au Centre auquel il attribue un savoir faire
sur la psychose. La mise en marche de son traitement, ses avancées
et son évolution dépendent intrinsèquement de sa
collaboration qui s'exprime par la prise d'ententes avec l'équipe
traitante. Il ne peut être traité sans qu'il ne soit un
participant actif et sans qu'il ne veuille accéder à une
reprise en main de sa vie. Le traitement et le suivi se veulent un dialogue
permanent entre les traitants, les intervenants et le patient. Ils permettent
de savoir à tout moment où le patient se situe quant à
sa prise en charge et à son évolution psychosociale.
Dans
un tel cadre, le psychiatre dans la communauté est nécessairement
déplacé d'une position institutionnelle où les
mesures physiques et biochimiques sont ses principaux instruments d'intervention.
Pratiquant dans la communauté, il perd ses points de référence
traditionnels et les filets de sécurité de l'hôpital;
s'il veut traiter la crise sans recourir à l'hospitalisation,
il doit créer d'autres moyens d'intervention en misant sur l'implication
et l'investissement de l'usager tant dans les activités, les
projets, le travail avec l'équipe que dans la cure.
L'hospitalisation
demeure un recours ultime
La
décompensation psychotique intense n'est pas comme tel un critère
d'hospitalisation puisque l'organisation du "388" met tout
en uvre pour le traitement de l'usager au Centre (augmentation
de la fréquence des rencontres avec le psychiatre, avec les intervenants,
réajustement de la médication, participation aux ateliers
d'art, aux activités et aux tâches, etc.). Ainsi, la majorité
des usagers réussissent à traverser les périodes
de crise psychotique au Centre. L'hospitalisation dont nous reconnaissons
la nécessité dans certaines circonstances demeure un recours
ultime quand le patient présente un danger pour lui-même
ou pour autrui en raison de l'exacerbation des symptômes psychotiques
ou que le contact avec l'équipe est perdu. Cette perte de contact
met en péril la collaboration du patient dans son traitement
ce qui entraîne trop de risques pour l'intégrité
physique du patient d'où la nécessité de recommander
l'hospitalisation. Le psychiatre comme médecin doit en effet
préserver l'intégrité physique du patient et coordonner
le travail de l'équipe en vue de servir au mieux-être mental
et physique du patient.
Lors
de l'hospitalisation du patient, le contact avec l'équipe du
"388" est maintenu ce qui permet la continuité des
soins et la réduction de la durée de l'hospitalisation.
Des membres de l'équipe téléphonent ou visitent
l'usager à l'hôpital (intervenants, psychiatre, travailleur
social). Une collaboration étroite et des discussions sont entreprises
avec le psychiatre de l'hôpital. Dans tous les cas, le principe
de base est que le patient puisse réintégrer le "388"
le plus tôt possible pour le traitement de la crise. Pour nous,
dès que le contact thérapeutique est rétabli ou
que la dangerosité est minimale, le patient peut revenir au Centre.
Quand à ce dernier, il sait qu'un retour rapide au Centre permet
de diminuer les effets de dépendance souvent liés à
l'hospitalisation et cela le confronte à la décision de
reprendre le plus rapidement possible les activités qu'il avait
dans la communauté. Il ne se déresponsabilise pas. Il
voit l'hospitalisation comme un accident de parcours et peut poursuivre
l'objectif de traiter ses crises au Centre sans recourir à l'hôpital.
L'exemple des autres usagers qui ont réussi à traiter
leurs crises au Centre avec le soutien de l'équipe le conforte
dans son choix éthique de participer pleinement à la responsabilité
de son traitement.
Des
problèmes physiques peuvent advenir lors du suivi psychiatrique.
Dans le cadre de la responsabilisation du patient, nous lui demandons
de se choisir un médecin généraliste auquel il
se réfèrera si nécessaire. Une collaboration est
alors établie entre le psychiatre et les autres médecins
impliqués (CLSC, cliniques médicales, groupes de médecins
de famille [GMF]) pour une meilleure efficience des soins.
Au
388, le psychiatre au sein de l'équipe
est responsable du traitement
Comme
chef et responsable de l'équipe interdisciplinaire qu'il dirige
et comme répondant de l'ensemble du traitement, le psychiatre
représente une autorité sociale. Cette représentation
symbolique de l'autorité est essentielle en tout temps pour le
psychotique mais davantage dans les moments de désorganisation
intense où il perd ses repères symboliques. Elle permet
au psychotique de ne pas se percevoir comme objet d'abus d'un pouvoir
(institutionnel, médical, patronal, etc.) mais de croire à
une autorité qui reconnaît ses capacités et leur
fait crédit.
Lors
des rencontres de suivi psychiatrique ou des rencontres d'équipe,
le psychotique adresse au psychiatre sa souffrance, ses angoisses. Il
le prend comme un témoin du délire et des hallucinations
qui l'habitent et s'attend de prime abord, à ce que le médecin
soulage ses symptômes. Mais rapidement, l'usager réalise
qu'il n'est pas considéré comme un objet endommagé
à réparer par la médecine car il est interpellé
en ce qui fait humanité en lui. Il parle, exprime des demandes,
des désirs; il peut verbaliser des frustrations et des insatisfactions;
il a des droits mais aussi des devoirs comme tout citoyen. Sa parole
devient l'outil majeur qui lui permettra de traverser les crises, de
gérer son quotidien, de construire des projets, de négocier
ses rapports aux autres. L'enjeu est d'amener l'usager à prendre
le risque et la responsabilité d'une position éthique.
Par exemple, supporté dans la verbalisation des idées
délirantes et des hallucinations, il décide de le faire
et cela sans crainte de recevoir en conséquence une injection
ou une médication supplémentaire pour les contrôler.
Il constate que ses hallucinations et ses délires peuvent faire
l'objet d'une recherche d'explication et ne provoquent pas nécessairement,
dans la mesure de sa collaboration, un contrôle médical
qu'il ressent souvent comme agressant. Ceci permet de mieux lui faire
saisir la portée et les effets de la médication à
laquelle on recourt. Plus tard son cheminement dans le traitement l'amènera
à prendre une position dans sa famille et dans ses rapports sociaux
d'une façon jugée moins folle par les autres, avec comme
conséquence qu'il se découvre une place dans la société
comme citoyen.
L'équipe
de traitement et de suivi se compose du psychiatre, de l'intervenant,
du travailleur social avec comme pivot central, l'usager. L'équipe
construit avec le patient le plan d'intervention (PI), détermine
une problématique et un objectif principal de traitement, des
objectifs spécifiques ainsi que des moyens pour les atteindre.
Lorsque le suivi implique d'autres partenaires du réseau (CLSC,
organismes communautaires non institutionnels
) un plan de service
est élaboré permettant ainsi la cohérence de l'ensemble
des interventions. Le plan d'intervention est révisé aux
six mois et est signé par les membres de l'équipe dont
l'usager, sa signature étant le symbole qu'il prend la responsabilité
de son traitement, propose des solutions et renonce à une prise
en charge par autrui. Cette étape où le psychotique prend
la responsabilité de son traitement, où il est "imputable"
comme l'indiquait l'un d'entre eux, de ce qu'il fait et dit et où
il passe d'un destin inéluctable de "malade" à
un désir de changer est cruciale. C'est le début du traitement.
À partir de là, on peut envisager un traitement pour la
décompensation psychotique. De plus, la révision tous
les six mois de "son plan" de traitement lui permet de faire
le bilan de son évolution psychosociale, de noter les améliorations,
les écueils, les rocs et d'établir de nouveaux objectifs
de traitement. Il prend acte des résultats de son investissement
de temps et d'énergie: il n'a pas été hospitalisé
depuis quelques années; il a réussi à s'impliquer
dans des activités, à travailler ou à reprendre
des études; il fait moins de passage à l'acte; il détecte
rapidement les signes précurseurs de crise et demande rapidement
de l'aide au lieu de laisser la situation se détériorer.
Bref, il découvre qu'il s'est constitué une position éthique
dont la base est la reprise en main de sa vie. Son traitement commence
à lui apporter satisfaction et fierté. Arrivé au
Centre avec un avenir fermé et une ordonnance de prendre des
neuroleptiques à vie comme un diabétique prend son insuline,
il s'étonne des changements qu'il apporte à sa vie tout
en prenant moins de médication. Le déterminisme biologique
où la psychiatrie traditionnelle l'enfermait cède la place
à l'espoir pour une participation active de citoyen.
En
cours de traitement, nous l'aidons à distinguer les différents
niveaux de difficultés qu'il a à traverser : certaines
sont effectivement liées à ses troubles psychotiques,
d'autres sont le lot de tout humain et il doit faire face à la
musique.
Le
psychiatre au "388" est médecin mais aussi psychanalyste
par sa formation. Il travaille dans le champ analytique en tenant compte
dans son écoute de l'histoire du sujet, de ses actes manqués,
de ses symptômes, de la structure de son délire, de la
particularités de ses hallucinations. À la base de toutes
ses interventions et de celles discutées avec le reste de l'équipe
est son écoute d'analyste. Au "388", nous distinguons
ceci: le patient est suivi en cure analytique par un analyste qui est
toujours une personne différente du psychiatre responsable de
l'équipe. Ce dernier tient compte de la problématique,
de la dynamique et de l'histoire du patient. L'approche analytique qui
met au cur du traitement les modifications de la position éthique
du sujet est donc l'axe et le point de ralliement de toutes les interventions
de l'équipe et de l'ensemble des intervenants du Centre.
Le
rapport du psychiatre à la médication, au 388
Notre
position et celle de l'usager face à la médication
Ce
serait une erreur grave que de ne pas prendre en compte les effets de
la psychose sur l'organisme et le corps. Pensons seulement aux patients
qui se renferment chez eux, ne dorment plus, ne s'alimentent plus, errent
dans la rue parce qu'assaillis par les voix et le délire. Il
est faux de dire comme prétendent certains que nous n'utilisons
pas la médication.
La
médication a sa place dans le traitement psychanalytique des
psychoses. Prise dans une conjoncture autre où le traitement
de la psychose n'est pas principalement axé sur la biologie comme
présence d'un défaut neurobiochimique à la source
du problème psychotique, la médication peut devenir un
outil, un matériau de travail parmi d'autres. Voyons comment.
Deux
positions extrêmes sont extraites du discours des usagers quant
à leur médication. Certains viennent au Centre parce qu'ils
ne veulent plus prendre de médication et désirent remédier
à leur mal autrement. Ils ont déjà arrêté
la leur malgré les recommandations fermes de leur médecin.
Ils voient la médication comme un corps étranger, un poison
dans certains cas, une substance qui les empêche de penser. Plusieurs
nous disent encore, malgré la disponibilité des neuroleptiques
atypiques, avoir perdu leur faculté d'apprendre, de se concentrer,
de réfléchir à cause des médicaments. La
médication est alors vécu sous un mode paranoïde.
Une autre catégorie de patients arrivent au "388" avec
une panoplie de médicaments. Un médicament ne suffisant
pas à calmer les diverses manifestations de la psychose, plusieurs
variétés sont prescrites avec l'objectif de toucher un
ensemble de symptômes et d'états possibles : antipsychotiques
(neuroleptiques), antidépresseurs, régulateurs de l'humeur,
anxiolytiques ainsi que des médicaments dits adjuvants prescrits
comme potentialisateurs. Parmi eux, certains croient qu'une médication
appropriée et juste aurait raison de leurs angoisses psychotiques
ou de leur voix. Ils ne se sont pas vus offrir autre chose que l'approche
pharmacologique; il se sont résignés à suivre le
courant biologique dominant et à essayer tout nouveau médicament
mis en marché. Entre ces deux points extrêmes, existent
évidemment de nombreux autres cas de figure, dont ceux qui sont
satisfaits de leur médication, n'en ressentent pas trop les effets
secondaires et craignent d'y apporter des changements. Nous respectons
leur position. C'est quand ils auront fait leurs démarches de
réinsertion sociale, appartement seul, étude ou travail,
amélioration du rapport à autrui, qu'ils voudront alors
modifier les doses. Nous les accompagnerons.
Notre
point de vue est de faire de la médication l'alliée du
patient dans sa démarche de prise en charge de son traitement.
Elle devient un support en début de traitement et dans les crises.
Elle donne un répit au patient aux prises avec les manifestations
de la psychose. Celle-ci a des effets sur l'organisme, perturbation
du sommeil et de l'alimentation, perte des repères temps-espace,
désorganisation de la pensée, du comportement et des relations
aux autres. Il s'agit pour nous de réduire au minimum les effets
de la psychose sur l'organisme pour permettre au patient d'assumer une
position subjective en regard de la psychose. Ainsi au patient qui manifeste
une désorganisation psychotique importante qui risque de l'amener
à couper le lien thérapeutique avec les traitants, nous
allons lui recommander une médication, la plus pertinente, la
mieux ciblée mais la moins dommageable possible pour son rapport
aux autres. Nous tentons d'éviter la polypharmacie. La médication
est recommandée par le psychiatre comme un outil à travers
d'autres moyens qui sont offerts à l'usager : la résidence
au Centre, le maintien de la responsabilité du patient dans sa
participation aux activités et aux tâches quotidiennes,
son implication dans les diverses rencontres (intervenant, psychiatre),
sa présence assidue à la cure analytique. Ces différents
lieux ont comme objectif de modifier sa position éthique en regard
de ce qui le tourmente, de faire le constat de ce changement et d'en
tenir compte par la suite. Du coup, la médication est mieux acceptée
par le patient; il en comprend le rôle et dès lors y résiste
moins car le médicament ne l'empêche plus de vaquer à
ses activités quotidiennes, d'entrer en relation avec les autres.
Il peut reprendre plus rapidement sa vie en main (travail, cours, projets,
etc.) car les effets inhibiteurs ont moins d'impact.
Nous
avons à prendre en compte d'une part la limite de l'efficacité
des médicaments car quoiqu'en dise la rumeur ils ne guérissent
pas la psychose mais visent à en atténuer certains effets.
Le médicament n'améliore pas la qualité de vie,
le rapport aux autres et à la société. C'est plutôt
au patient avec l'encadrement du Centre de prendre les moyens et de
faire ce qu'il faut pour apporter de tels changements. Malgré
la médication, les patients libres d'en parler car ils ne craignent
pas une augmentation subséquente de leur médication, nous
disent que les voix sont encore là; il persiste presque toujours
un noyau délirant. Cependant en cours de traitement, le psychotique
apprend à gérer les idées délirantes et
les hallucinations, à "les chasse", à les mettre
de coté en utilisant d'autres stratégies. Il nous dit:
"les voix sont là mais je ne m'en occupe plus"; un
autre verbalise ceci: "quand le disque se remet en marche (faisant
référence à son délire), je l'arrête".
Ainsi l'usager arrive à canaliser ses énergies créatrices
sur d'autres objectifs. Il finit par identifier et évaluer les
circonstances et les facteurs de leur apparition, à les lier
à des éléments de son histoire ou de sa vie actuelle,
ce qui limite les effets déstructurants au moment des crises.
Avec le traitement et la cure, le psychotique découvre les raisons
des voix et du délire, leur lien au fantasme; elles deviennent
alors caduques, parce qu'une autre logique s'y substitue et à
laquelle il se réfère dans ses prises de positions.
D'autre
part, la médication entraîne des effets secondaires. L'indication
d'une médication est à interroger quand les effets secondaires
(dyskinésie tardive, symptômes parkinsoniens, apathie,
changements métaboliques avec prise de poids, effets cardiovasculaires,
rénaux, etc.) prennent le dessus sur les effets apaisants. Notons
que malgré l'apparition de nouveaux médicaments, les neuroleptiques
atypiques, et les promesses de la recherche pharmacologique, les effets
secondaires se manifestent autrement et parfois de façon plus
insidieuse et sournoise. Les conséquences sur la santé
physique des patients peuvent être par moment désastreuses.
Une
partie du traitement au "388" consistera donc à discuter
ouvertement de la médication avec l'usager, des raisons de la
prescription ainsi que des effets secondaires, des objectifs visés
et des moyens à mettre en uvre pour contrôler la
posologie et réduire les effets nocifs. Faire participer activement
le psychotique à l'usage de ses médicaments est essentiel
pour obtenir sa collaboration, l'impliquer face à cet aspect
du traitement en vue d'obtenir les meilleurs résultats avec une
utilisation minimale des antipsychotiques. Dans ce contexte, la prescription
de médicament n'est pas une relation duelle, ni un rapport de
pouvoir entre médecin et patient. C'est plutôt un rapport
de négociation qui passe par la compréhension et l'assentiment
éclairé du patient. Certains patients ne veulent absolument
pas prendre de médication. Que fait-on dans le cas où
celle-ci est indiquée, nécessaire et recommandée
par le psychiatre traitant? Une des façons de procéder
est de reprendre avec le patient les bases de sa demande de traitement
au Centre, par exemple son désir de ne plus aller à l'hôpital
et de solutionner ses problèmes avec de nouveaux moyens. Le patient
est remis face à sa responsabilité : pour qu'il puisse
être traité au "388", sa collaboration, son acceptation
des ententes et des recommandations de l'équipe sont essentielles.
Concluons
sur ceci : tout en prenant en compte les symptômes psychotiques
d'un point de vue médical pour en limiter les effets les plus
destructeurs, le psychiatre se guide sur ce que l'usager a à
dire du symptôme. Cela initie et soutient ce dernier dans sa démarche
de prise en charge de son propre traitement. Vingt ans d'expérience
nous ont montré aujourd'hui que nous avions raison de penser
que ces résultats que nous escomptions du traitement psychanalytique
quant à l'évolution psychosociale exigeaient le support
de toute une équipe encadrant le patient. Le psychotique à
son arrivée au Centre n'escomptait même pas ces résultats
mais l'équipe y croyait. Certains usagers nous étonnent!
Le chemin qu'ils ont parcouru sur le plan individuel et l'apport qu'ils
donnent maintenant à la société sont comparables
à ceux d'autres citoyens qui n'ont jamais eu de problème
de psychose. Ce n'est pas peu dire pour des gens pour qui le diagnostic
de psychose était reçu comme une condamnation à
vie sans espoir de s'en sortir. Ici, les psychotiques nous donnent une
leçon de vie et d'humanité.