Dossier "388"

La journée du 14 novembre 2001

388: la décision du Ministère

Données d'évaluation annuelle du 388

Le rapport d'évaluation du 388

Conférences
et autres

Théorie et clinique psychanalytique des psychoses - journée clinique 2004

Esthétique et psychanalyse 2003, "Transcendance, un autre espace pour l'imprésentable"

Les lendemains du Séminaire

Actualités

Raymond Lemieux, récipiendaire 2001 du prix André-Laurendeau de l'Acfas

Danielle Bergeron, Fellowship 2001-2002, de l'American Psychiatric Association

Hommage à Sylvaine Tremblay

 

 

Les évaluateurs ont déposé leur rapport le 7 juin 2002
au Ministère de la Santé et des Services sociaux

Consultez le rapport:

Rapport d'évaluation (fichier PDF)

 

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Le 7 juin 2002, les évaluateurs ont remis au Sous-ministre de la Santé et des Services Sociaux leur rapport d'évaluation clinique et administrative du Centre psychanalytique de traitement des psychoses, dit "le 388". Le 25 juin, le Sous-ministre Pierre Gabrièle convoquait en ses bureaux du Ministère les représentants du Gifric, les représentants des usagers du Centre et les représentants des parents des usagers, pour leur communiquer les résultats de ce rapport, en discuter les recommandations et les propositions du Ministère. Le mardi 25 juin, à 19h30 se retrouvaient donc dans les bureaux du Ministère 4 membres de la direction du Gifric et du "388", 6 patients du "388" et 7 parents de patients, le Sous-ministre en titre, la Sous-ministre adjointe aux services à la population et le Directeur du soutien du Réseau. Assistaient également à cette rencontre, le Président du Conseil d'Administration de la Régie régionale de Québec, le Président directeur général de la Régie et le Directeur de la santé mentale, de l'intégration et de l'adaptation sociales à la Régie.

Cette rencontre, commencée à 19h50 se terminera à 22h45. Elle aura donné aux hautes autorités du Ministère et de la Régie régionale, l'occasion d'entendre les patients eux-mêmes témoigner de leur traitement au Centre, du rôle central de la psychanalyse dans ce traitement qui a changé leur vie, et enfin de leur désir de voir le Centre continuer avec l'approche de traitement développée par les psychanalystes du Gifric. Elle aura aussi donné aux parents l'occasion de découvrir ce que deviennent ces jeunes, leurs enfants, en les voyant défendre tranquillement avec lucidité, conviction et politesse, mais beaucoup de fermeté et de décision, leur traitement et la psychanalyse face aux autorités politiques et administratives du ministère et du réseau régional. Comme certains parents l'ont exprimé, ils avaient perdu l'espoir de voir cela un jour. Mais pour l'essentiel la discussion du rapport aura été dominée par ces interventions des patients s'adressant directement, fermement mais respectueusement au Sous-ministre qu'ils remercieront sincèrement et avec joie à la fin de la rencontre.

Constats et discussions

Il faut le dire d'emblée, ce rapport est en tout point un témoignage émouvant et élogieux pour les patients, les parents et l'équipe du "388", sur l'excellence du traitement et la qualité de ses résultats, tel que les évaluateurs ont pu le constater dans les faits. Dans le traitement psychanalytique, du moins dans l'approche qui en est développée au Gifric, l'expérience de la cure se construit dans le mouvement même qui se traduit par des changements profonds dans la position éthique du sujet en regard des idées délirantes et des forces qui ravagent l'être, à partir de l'inconscient. C'est ce changement dans les positions subjectives des patients qui aura, semble-t-il, frappé les évaluateurs. Ils se réinsèrent socialement, ils retournent aux études et au travail, et défendent leurs positions et leurs droits de citoyens dans un esprit de négociation. Toute chose qui continue à être considérée comme impossible pour des psychotiques dont tout un courant de pensée prétend qu'ils doivent être pris en charge leur vie durant par la société. C'est aussi ce changement de position éthique qui marquait étrangement les échanges entre le Sous-ministre et les patients le soir du 25 juin. Ces jeunes étaient devenus les acteurs principaux de leur histoire et leur vie n'était plus pour eux totalement définie et orientée par les décisions de ceux qui les prenaient en charge socialement.

En fait des copies du rapport furent distribuées séance tenante, mais pas en nombre suffisant pour permettre une lecture globale rapide et immédiate. Une lecture des constats et des recommandations a été faite à haute voix. Très rapidement un échange assez vif fut engagé par les usagers s'adressant au Sous-ministre sur les constats et les cinq recommandations qui concluent le rapport. Après coup, nous avons pu constater que c'est seulement après une lecture complète du rapport que les constats et les recommandations prennent leur sens et leur portée véritables, perdant toute ambiguïté. Ni les patients, ni les parents, ni les représentants du Gifric n'avaient lu au préalable le rapport dont le Ministère défendait les recommandations. Ce soir-là, le malentendu tenait au sentiment que les patients avaient que les évaluateurs auraient pu avoir mis en doute le rôle de la psychanalyse dans les progrès manifestes observés dans leur traitement. Cela leur semblait en contradiction flagrante avec leur expérience. Ils avaient d'abord été traités sans la psychanalyse et ils connaissent d'autres qui n'ont pas eu leur chance et qui ne connaissent que le traitement biochimique officiellement promu. Ils savent d'expérience le peu d'impact de ce traitement dans les changements qui arrivent dans leur vie depuis qu'ils fréquentent le "388." Aussi l'essentiel des interventions et des réactions des patients et des parents, auront porté sur l'importance de la cure analytique dans les changements et résultats observés dans les traitements au "388".

Or, c'est seulement après lecture du rapport dans son ensemble que l'on peut réaliser qu'en fait les évaluateurs indiquent une différence remarquable d'une part entre les pratiques des psychanalystes au "388" qui justifient les résultats observés, et d'autre part, les pratiques courantes généralement connues en psychanalyse qui d'après eux seraient critiquables dans un contexte de traitement des psychoses. En effet, les évaluateurs qui ont eu une bonne discussion avec l'équipe du Gifric sur l'approche et ses résultats, sont pris avec la nécessité de reconnaître des résultats de traitement peu habituels, sinon inconnus à ce jour, dans le champ des psychoses, et en même temps de distinguer l'approche analytique spécifique qui obtient ces résultats, de toute autre approche qui se veut psychanalytique, mais qui ne réunirait pas, d'après eux, les conditions d'efficacité connues au "388". Ils recommandent donc que les résultats du "388" fassent l'objet d'une étude longitudinale particulière. Le Gifric en effet a monté un observatoire clinique réunissant des données cliniques sur 20 ans touchant l'ensemble des patients ayant été traités de façon intensive et à long terme au "388". Le consortium de recherche sur le traitement des psychoses, que le Centre de formation et de recherche du Gifric travaille actuellement à mettre en œuvre avec quelques partenaires se penchera sur ces études de façon prioritaire. Le Gifric en a donc informé les évaluateurs qui recommandent dans leur rapport que de telles études longitudinales soient effectuées pour statuer scientifiquement sur le rôle de la psychanalyse, telle que pratiquée au "388", dans les résultats constatés du traitement promu par les analystes du Gifric.

Recommandations et conclusions

L'ensemble du rapport aboutit enfin dans ses recommandations à un détachement du "388" de l'hôpital psychiatrique, pour le rattacher à un hôpital général donnant accès à des services spécialisés en psychiatrie. Ce rattachement serait supporté par un contrat avec le Gifric, pour garantir la pérennité des services offerts selon l'approche psychanalytique développée par le Gifric. Ce lien contractuel entraînerait donc de nouvelles responsabilités pour le Gifric, à la fois vis-à-vis des clients, vis-à-vis de l'hôpital qui assurerait désormais ces services, et vis-à-vis du réseau de la santé et des services sociaux. Dans un tel cadre en effet, et c'est ce qui est en discussion actuellement avec le Ministère et la Régie régionale, le Gifric devra assurer le transfert d'expertise, à travers la formation, la supervision des cas cliniques, la recherche, l'évaluation continue et la publication, de façon à assurer la continuité de ces services et de leurs résultats, par d'autres que les professionnels du Gifric, aussi bien dans la région de Québec que dans d'autres régions à travers le réseau de la santé. À mesure que des études confirmeront les résultats constatés de l'approche et en détermineront les conditions d'efficacité, il faudra en effet que soient assurées la diffusion de l'approche et son accessibilité aux professionnels et travailleurs du réseau de la santé pour le bénéfice des citoyens atteints de troubles mentaux graves.

Il y a là une préoccupation fortement exprimée par les autorités du Ministère et que partagent les professionnels et la direction du Gifric. Elle va dans le sens des propositions votées à l'Assemblée générale annuelle du Gifric, le 24 juin 2002. Dans ce débat et cette lutte, ce qui est en jeu en effet, ce ne sont pas les institutions ni les structures, ce ne sont pas les intérêts des groupes de professionnels, ce n'est pas non plus le prestige des uns ni le pouvoir des autres. Ce qui est en jeu c'est la vie et la santé d'un certain nombre de citoyens atteints de troubles mentaux graves et dont une proportion importante de ceux qui sont traités de façon appropriée, (30%, d'après certaines études), répondent mal au traitement biochimique. Ces citoyens ont droit à une alternative que le "388" et l'équipe des professionnels du Gifric sont les seuls à offrir pour le moment dans le réseau public. C'est pour ces citoyens que les ententes de négociations amorcées au soir du 25 juin représentent un espoir qui ne doit pas être déçu. Ce débat et cette lutte ne sont pas entrepris contre une approche, ni contre les tenants de telle ou telle orientation, encore moins contre les sociétés pharmaceutiques ou de biotechnologie dont les travaux font partie de l'espoir à soutenir dans ce débat, ils sont d'abord et avant tout pour les patients, pour un choix de société qui soutienne à nouveau pour eux l'espoir d'être des citoyens à part entière à qui une alternative de traitement doit être garantie légalement.

Ce rapport d'évaluation du "388" est un document public, il est donc accessible. Il ouvre un nouveau chapitre dans le débat scientifique sur les causes et le traitement des psychoses. Nous poursuivrons donc.

Le Comité de négociation du Gifric pour le "388"