Résumé
En contre-pied à la position d’extériorité que consacre la domination croissante du DSM dans les pratiques cliniques, on peut considérer que les personnes aux prises avec la psychose se trouvent confrontées, sans le filet rassurant du sens commun, à des questions qui concernent ce qu’il en est de l’humain en l’homme et à ce qui constitue les grands enjeux de l’expérience humaine : la souffrance et la mort, le sexuel et la violence, le religieux et la transcendance, le vide et le plein. Une confrontation souvent difficile à mettre en mots, difficile aussi à écouter et à entendre. L’art est l’une des voies qui permettent d’approcher et d’exprimer ce qui tend à demeurer en bordure des mots; une voie qui dessine un espace d’entre-deux, entre « eux » et « nous », où quelque chose du pouvoir dérangeant de la psychose puisse encore nous atteindre et nous interroger dans notre vie propre. C’est cette voie que nous emprunterons dans l’atelier, avec comme point de départ la notion d’ « art cru », telle qu’élaborée par l’historien de l’art Henri Barras, et qui désigne l’art dans sa dimension émergeante, ancrée dans la primordialité et le mouvement.
L’atelier fera écho à une recherche exploratoire menée en collaboration avec Les Impatients, un centre communautaire qui offre des ateliers d’art à des personnes qui ont été traitées en psychiatrie. Il explorera le pouvoir révélateur d'œuvres produites par les Impatients, par rapport à ce qu'elles traduisent des grands enjeux de l'expérience humaine tels que représentés par le créateur et tels qu'évoqués chez le regardeur.
Nous évoquerons
et illustrerons diverses voies d’entrées possibles : à partir
d’une série d’œuvres produites par des artistes singuliers;
de récurrences traversant les œuvres d’artistes différents;
et d’un projet d’exposition réunissant œuvres d’Impatients
et d’artistes contemporains.