À lire

La logique du traitement psychanalytique des psychoses
Willy Apollon

Le désir de savoir qui porte l’analyste à la rencontre de cette vérité, convoque le sujet à une parole où ce qui tombe de la voix, irrecevable dans le lien social, réactive pour le moi la répétition de l’effraction et mobilise l’être dans une réponse où le travail spontané de la lettre dans le signifiant se traduit dans l’organisation du rêve. L’enclenchement du processus se conditionne à ces trois temps où le transfert, comme désir du savoir qui vient de l’Autre, trouve son occasion. Un moment décisif de notre recentrement de la métapsychologie est celui de la reconsidération du transfert, non seulement dans les psychoses, mais dans tout déclenchement du processus analytique, en termes d’amour du savoir issu de l’inconscient. Ce moment clinique stratégique que j’ai introduit dès 1983 à partir d’un refus critique de la problématique de l’érotomanie de transfert dans la cure des psychotiques, a souvent fait l’objet d’études et de communications de la part de mes collègues, Bergeron et Cantin.

Le transfert

De quoi s’agit-il en fait? Il s’agit de la distance prise par l’analyste en regard de l’Autre de l’adresse du psychotique, en se référant à l’objet dont la production a conclu son expérience analytique et défini sa position d’analyste. En rendant ainsi opérationnel comme lieu de son écoute de l’Autre, l’objet qui a confirmé la fonction logique de son fantasme dans le déroulement de son expérience, l’analyste convoque le sujet psychotique à prendre la responsabilité de sa parole, peu importe les conséquences. Et c’est très précisément en regard des conséquences d’une telle responsabilité que se joue l’enclenchement ou non du processus analytique sur une décision du sujet. L’expérience subjective où l’être est engagé par le déclenchement du processus est alors un aller-simple non négociable. Dès le départ, il est clair que le processus ne sera pas interrompu sans conséquences. De fait, l’interruption de la logique enclenchée avec le processus nécessite toujours la production d’un symptôme approprié.

En se référant à l’objet qui le cause comme sujet et comme analyste, plutôt qu’à l’Autre de l’adresse du psychotique dans le délire, l’analyste définit son désir de savoir ce qui cause le sujet qu’il accueille. Le désir de savoir de l’analyste se détourne de l’Autre que le psychotique met en cause, pour se centrer sur l’objet même du savoir qui définit la position du sujet psychotique. Au-delà de la récrimination psychotique, l’analyste requiert du sujet psychotique, une parole sur l’objet qui supporte le savoir auquel il prétend. En effet l’analyste, du fait même de la logique qui a conduit sa propre expérience à ce défaut d’être où il est réduit comme sujet, il peut, du lieu de ce désêtre, reconnaître pleinement la position où le sujet psychotique prend la responsabilité éthique de l’objet qui cause son rejet du lien social, dans la poursuite d’une entreprise fondamentalement irrecevable même si elle s’avère souhaitable dans un tel lien. C’est du lieu de l’objet qui définit son manque à être que l’analyste reconnaît l’objet qui exclut le psychotique de tout lien social. Et c’est sur cette reconnaissance que se fonde l’accueil chez l’analyste de la parole de sujet où le psychotique s’engagera.

La réponse du sujet psychotique

Le psychotique répond à cet accueil dans la juste mesure où il s’y trouve confronté à l’objet de l’analyste. Dans cet accueil, ce qui tombe de la voix de l’analyste soustrait de son regard cette dimension d’inquisition qui porte le psychotique à se réfugier dans une position paranoïde. En vingt-quatre ans de clinique analytique avec des psychotiques, nous avons eu à nous mesurer à 7 cas d’érotomanie déclarée, sur au-delà de cinq cents patients. Le psychotique répond donc à la position de l’analyste dans l’accueil. Et cette réponse de l’être en termes de pulsion n’est pas une réponse à la voix comme dans la décompensation, mais bien une réponse à ce que l’objet de l’analyste réactive de l’effraction de son espace temps subjectif. Du point de vue du sujet c’est cette réponse qui déclenche le processus analytique. Elle fait entrer le sujet psychotique dans une position spécifique en regard à ce qui provoque l’effraction de son espace temps, hors des limites du plaisir et de la réalité, qui servent de cadre de référence à la psychiatrie, aux neurosciences et au milieu hospitalier auxquels il a affaire le plus souvent. Cet autre espace temps où la voix l’a projeté et où tout lui paraît plus souhaitable, il sait d’emblée à sa grande surprise, que l’analyste l’y reconnaît, et qu’il pourrait entendre ce que lui psychotique a à en dire. C’est d’ailleurs d’entrée de jeu la proposition de l’analyste. De découvrir pour la première fois que sa parole est croyable et reçue comme telle, il peut décider de se mettre au travail du bien dire, en dépit de la contrainte que représente pour lui, l’invitation de l’analyste d’un tout dire.

Cette réponse du sujet psychotique tourne d’abord, sur l’invitation de l’analyste, autour de l’enjeu de la réactivation de l’effraction. La question du "comment tout cela a-t-il commencé" non seulement donne un statut de vérité à la parole du psychotique, qui engage l’analyste, mais plus radicalement reconnaît un savoir au sujet psychotique, qui prend la place d’un objet de substitut du désir de l’analyste. L’analyste n’est pas simplement dans la position minimale d’un secrétaire, il se met dans la position de constituer le savoir comme un objet tierce, par rapport auquel il est en attente vis-à-vis du psychotique. Et ce n’est pas de la part de l’analyste une ridicule position de séduction à laquelle le psychotique serait parfaitement insensible. Le psychotique est le seul à savoir ce qui se passe pour lui, et l’analyste doit mettre en œuvre la position logique qui permette au psychotique de lui donner accès à un tel savoir. De s’atteler, dans sa réponse à l’analyste, à la transmission d’un tel savoir, inséparable de son expérience subjective, va engager le psychotique dans un travail de longue haleine, où la découverte de la logique intime de son expérience peut mettre en cause radicalement, celle de son délire. Dans la stratégie de cette opération l’amour du savoir issu de l’expérience, va se transférer de l’analyste au sujet psychotique, mettant en acte ce que nous avons redéfini en 1993 comme le transfert dans les psychoses. Dans les années suivantes nous insisterons sur le fait que du psychotique, au pervers et au névrosé, l’action clinique doit rendre opératoire le même concept du transfert. Nous avons établi par la suite, que dans le cadre du traitement des psychoses au 388, il faut au plus trois ans pour que la réponse du sujet psychotique rende cliniquement opérationnel ce concept de transfert.

La mise en cause du délire et le rêve

Ce qui a fait effraction pour l’être dans la psychose est souvent refoulé ou caché dans l’organisation d’un discours sans adresse, nous disons un délire, où un refus décidé du lien social s’adjoint à des bribes d’une théorie de la jouissance ou du mode d’abus de l’Autre. L’analyste prend ses distances par rapport à ce délire où l’expérience du sujet est forclose. Le délire représente du point de vue du sujet le peu qu’il peut traduire dans le discours courant d’une expérience radicale profondément étrangère à ce qui est recevable et croyable dans le lien social. Et ce peu paraît déjà choquant et irrecevable. Aussi pour l’analyste, l’accueil de la parole du sujet dans le délire ne vise pas d’abord une signification voire une compréhension de ce qui est en jeu dans le délire, c’est bien plutôt l’occasion d’une recherche pour identifier la position du sujet dans sa parole. Le délire s’organise comme la justification théorique d’une entreprise où le psychotique se serait engagé, suite à une invite ou une exigence de l’Autre. Cette entreprise toutefois représente un important enjeu pour l’humanité. Cet enjeu dans la stratégie du délire rend compte en général du fait que le psychotique se soit soumis à de telles exigences. Aussi ce n’est pas tant la jouissance de l’Autre dont les abus peuvent faire l’objet d’incessantes récriminations de la part du psychotique, qui forme en quelque sorte le nœud du délire, mais bien plutôt, l’intérêt pour l’humanité de l’entreprise où il s’est engagé à l’appel de l’Autre.

Au cœur du délire donc, l’analyste repère des hallucinations décisives offrant à l’être des objets d’autant plus imprésentables qu’ils sont inaccessibles, mais défiant les limites de la réalité du lien social et de ses objectifs consensuels. C’est à partir de tels objets premiers en quelque sorte, autour de quoi s’élabore la stratégie de l’entreprise, que le psychotique soutient un refus global du lien social accompagné de la certitude que son existence même de sujet est profondément liée à la réforme ou à la restauration de ce lien. Quand suite à la requête de l’analyste le psychotique commencera à produire des rêves qui ne sont plus simplement la reprise et confirmation de différentes pièces du délire, la transformation du rêve commencera la mise en acte comme souvenirs des éléments hallucinatoires qui touchent à ses découvertes ou encore à la révélation du défaut fondamental du lien social en regard de la mise en scène des processus primaires. Sous la contrainte de savoir que soutient la quête de l’analyste, le rêve où le sujet psychotique répond à cette contrainte, va permettre l’exploration des moments forts de la vie du sujet où il a été confronté à quelque défaut dans la structure de la réalité. Cela suppose que l’analyste recevant le délire comme l’enveloppe imaginaire d’une vérité où se creuse la souffrance de l’être, sait manœuvrer à partir du réel qui déchire le discours du patient rendant improbable la vérité de son dire. Mais l’analyste ne perd pas un seul instant la perspective de cette vérité qui brûle l’être, de ne pas trouver dans la mobilisation de la lettre les signifiants qui articuleraient sa souffrance de façon crédible au lien social.

Ce qui se présente dans le discours, qui dès lors lie la parole du psychotique à l’objet de l’analyste, est une tentative de transmission d’un savoir qui se constitue dans cette transmission même, d’être le déchet (ce qui tombe) d’une expérience en soi imprésentable. De tenter ainsi, à l’occasion de l’association errante du rêve, de cerner dans mots recevables pour l’analyste, les moments plus aigus et les points forts de son expérience de gestion de l’hallucination, le psychotique est amené à reconstruire l’histoire de sa confrontation au défaut du signifiant et à ce qui fait trou dans la réalité, selon une autre logique que celle du délire. Dans le délire, son expérience et son rapport au désêtre introduit par la voix, et au défaut du langage à en supporter les trous dans la réalité du lien social, sont occultés par une désorganisation de l’imaginaire. Dans l’amour du savoir, que l’objet de l’analyste relaie au sujet dans le transfert, l’exigence de transmettre la vérité de l’expérience interroge le signifiant du rêve et met en perspective l’objet de l’hallucination comme un moment privilégié de l’expérience. Se distingue alors pour le sujet, mais d’abord pour l’analyste qui l’apprend du sujet, l’écart entre cette expérience et sa souffrance d’une part et le savoir qui se construit sous la contrainte du travail du transfert. L’expérience porte sur le peu d’être et le statut de déchet où le sujet se réduit d’une part et sa confrontation d’autre part à l’objet qui le réduit à ce statut de manque à être. L’hallucination prend le relai de cette insuffisance d’être en le posant comme choisi ou destiné à la mission de sauver l’être de ce défaut. Ainsi, tel ou tel enlevé par les extraterrestres dans son tout jeune âge aura reçu avant même l’âge de raison la formation utile à la restauration du langage, pour que les communications entre les hommes ne souffrent plus du malentendu et n’aboutissent plus inévitablement à la guerre et à l’autodestruction de l’humanité.

Dans le transfert donc, l’analyste suppose au psychotique un savoir qui pourtant se mettra en œuvre seulement dans le travail du rêve. La critique global et sans nuances du psychotique à l’égard du lien social, trouve en effet un écho dans l’analyste, que cette critique renvoie aux enjeux de la castration. Au cœur de cette critique, il y a la dénonciation de l’aptitude du signifiant à évoquer, voire à ouvrir un espace dans le dire, pour ce qui fait le tranchant de l’expérience psychotique. Le psychotique n’est pas sans s’apercevoir à la manière de Dali, de Magritte, Duchamp et de tant d’autres à partir de Tzara, que le rapport que le signifiant entretient avec le visible, introduit un doute dans la réalité de la réalité et rend imprésentable la vérité même du sujet. Aussi voit-il dans la réalité produite par le signifiant dans le lien social une atteinte profonde à la vérité de l’être qui s’impose à lui dans l’expérience qui lui impose de gérer l’hallucination avec d’autres moyens que ceux du lien social. C’est une véritable blessure de l’être qui emporte le sujet dans le vertige du non lieu de sa présence au monde et à autrui. Et le défaut du signifiant à lever ce non lieu et à faire consister cette présence dans le lien social, se vérifie au quotidien chaque fois que le psychotique doit rencontrer un professionnel avec le risque toujours présent de disparaître en tant que sujet dans la parole qui le désigne sans jamais s’adresser à lui, ni reconnaître son expérience. De séance en séance l’analyste est pris à témoin de reconnaître la constitution d’un savoir sur le défaut du signifiant à produire dans le discours courant une réalité où l’expérience du sujet psychotique serait présentable et où la vérité de sa parole serait enfin recevable.

Les crises

Le rapport de l’analyste à l’objet qui le cause l’aura ainsi mis en position de reconnaître la souffrance qui résulte de la confrontation du peu d’être à quoi se réduit le sujet dans la psychose au défaut du signifiant à supporter une réalité qui dans le lien social lève le non lieu de la présence du sujet. Il a dans l’expérience de sa cure suffisamment renoncé au semblant et au faux dont se soutient le moi dans le lien social pour se faire compagnon et témoin de la quête du psychotique. Mais il n’a pas coupé avec le lien social au point de devoir habité avec le psychotique un espace temps séparé des responsabilités citoyennes. Il peut donc maintenir encore pour le psychotique un pont symbolique avec la réalité que le signifiant institue dans les limites du plaisir. Mais le rapport du psychotique avec l’objet qui soutient le désir de savoir de l’analyste, du fait même de la contrainte de travail du transfert va être un rapport marqué par des points de rupture. Nous avons ainsi repéré trois temps de crise particulièrement souffrant pour le sujet psychotique dans l’évolution logique de sa cure. Il ne s’agit pas ici en effet de rechute psychotique, mais bien de trois moments stratégiques dans l’évolution du traitement.

Le premier moment logique, marque ce que nous avons désigné comme la crise d’inscription du sujet dans le processus analytique par le transfert. Au cœur de ce temps logique, ce qui est en jeu est un défaut central qui se présente à un moment donné comme irréparable dans la logique du délire du sujet. Pendant un certain temps le sujet aura tourné autour de défaut logique avec le sentiment ou la certitude qu’il en viendra à bout. En fait, le délire fait la théorie de la justification de l’entreprise de restauration du langage pour que la réalité produite par le signifiant dans le discours qui noue le lien social, soit compatible en quelque sorte à l’extériorité et l’étrangeté de l’hallucination. Le délire met en cause ce moment logique et historique de production de la réalité par le langage. Il le fait en proposant une alternative présentée sur le mode de la révélation et de la certitude subjective. Mais cette proposition implique à ce point l’existence du sujet, que le non lieu de sa présence dans la réalité du lien social peut devenir un obstacle central à la recevabilité de cette alternative. En bref, l’humanité comme telle en créant le langage, a produit la réalité du lien social dans les limites du plaisir. Elle est donc collectivement responsable de son sort, si ce qui est recevable dans le lien social exclu et rejette ce qui serait souhaitable dans cette réalité. La proposition d’un autre mode de production de cette réalité sociale dans le langage doit donc impliquer la responsabilité collective. Sur ce point précis, le travail du rêve par le psychotique, soutenu par le désir de savoir de l’analyste peut fort bien, et parfois très vite, conduire le psychotique à l’impasse de cette implication de la collectivité dans sa proposition de restauration de la communication humaine. Mais il s’agit là d’une impasse purement logique et interne à la structure du délire. Toutefois ce caractère purement logique de l’impasse est suffisant pour mettre le psychotique dans une position de désarroi en regard de sa position et de sa mission. Il y a une entame insupportable de la logique du délire. Et la décompensation psychotique vient en réponse à cette contrariété structurale.

La crise qui marque le deuxième moment fort du développement du traitement trouve ailleurs ses éléments déclenchant. Le sujet sortira de la première crise avec le sentiment d’une fragilité définitive de la logique de son délire. Et ce dernier perdra de son importance désormais dans les péripéties de la cure, comme dans les parades verbales ou comportementales du psychotique devant les impasses et les trous de son impossible présence dans la réalité du lien social. Il a quelque part accepté le défaut central du délire, tentant ici et là de le compenser par le passage à l’acte, dans des limites qu’il accepte de négocier avec son équipe de traitement. Mais il n’a pas mis en cause son entreprise, et il y travaille encore dans le secret de sa certitude. Il se sait nécessaire et indispensable au sort de l’humanité, d’une façon encore très personnelle. Et cette certitude est assez forte pour qu’il puisse se contenter et se satisfaire d’une justification qu’il trouve désormais délirante de la nécessité de son entreprise. Il vit donc désormais sur une contradiction fondamentale construite sur la dimension injustifiable d’une entreprise à laquelle il voue toute sa vie. Son drame et sa souffrance se fondent sur la seule raison qu’il aurait de se suicider : l’éventualité d’un échec de sa part dans sa mission, plongerait l’humanité entière dans une catastrophe irréparable. Le deuxième moment stratégique du développement logique de la cure, dont la deuxième crise vient marquer l’occurrence, s’enclenche quand pour le sujet psychotique la contrainte de travail dans le transfert le met dans la position de ne plus pouvoir esquiver le fait que l’entreprise comme telle est injustifiable, dans les limites du savoir que son expérience produit dans la cure.

En effet, après la première crise, le psychotique est amené dans sa cure, comme dans le processus du traitement avec son équipe, à découvrir les dimensions restées censurées de l’hallucination. Ce qui jusqu’à ce jour n’a jamais pu être confronté au travail du signifiant, sous les contraintes de la cure et du traitement, devient l’objet de réminiscence et d’associations qui mettent à jour des pans entiers d’histoire perdue du patient, en le faisant accéder à de nouveaux modes de gestion de l’hallucination. Ce travail ne fera que conforter l’érosion du délire et rendre de moins en moins justifiable la référence à l’entreprise comme à une tâche et une responsabilité personnelles en regard de l’humanité. Il vient alors un moment où le sujet doit se rendre à l’évidence que l’entreprise elle-même ne tient pas la route. C’est à ce moment qu’il entre dans une crise plus profonde et plus sévère que celles qu’il a connues jusque là. C’est alors toute la raison d’être de son existence qui semble s’écrouler avec le monde autour de lui. Si alors l’idée du suicide lui vient, ce n’est plus fondée sur la souffrance éthique du tort qu’il ferait à l’humanité du fait de son incapacité à remplir sa mission. Il n’a plus en effet cette certitude intime qui l’habitait avant, que le sort de l’humanité dépendait du succès de l’entreprise dans laquelle il avait engagé sa vie.

La chute de l’entreprise et le symptôme

Le travail analytique au cours de cette crise tourne autour d’une préoccupation qui peut précipiter le psychotique dans un autre pari sur la vie. L’abandon de l’entreprise laisse ouvert comme une blessure au flanc de l’être l’incompatibilité radicale du signifiant dans le discours qui soutient le lien social avec la vérité de l’expérience de l’effraction de l’être et de sa réponse à cette effraction. Le délire constitué autour de la gestion de l’hallucination par la production de l’entreprise de restauration du langage, était une solution provisoirement conséquente pour le sujet même si cette réponse s’avérait irrecevable dans les discours officiels. Maintenant l’être est démuni, seul face à cette inadéquation de toute production de langage en regard de la vérité de l’expérience. Si le savoir issu de cette expérience s’est suffisamment consolidé dans le travail de la cure, le sujet peut dans cette deuxième crise y trouver une suppléance à l’écroulement de la certitude délirante. Le travail de construction sous transfert peut alors se continuer en dépit de la désorganisation profonde que provoque cette crise. Sinon, on constate que le patient se réfugie dans la construction d’un symptôme pour compenser la chute de l’entreprise psychotique. Ce symptôme peut s’avérer fort grave et mettre sérieusement en danger la vie du patient. Le travail analytique s’élabore à partir de ce moment comme un pari sur la vie, où périodiquement le sujet défi le rapport des soignants au défaut du signifiant et à l’inadéquation du langage en jouant sa vie contre croyance au sens de la vie.

Ce qui est en jeu pour le patient dans ce temps de la cure c’est la question devenue fondamentale de la gestion de l’hallucination par le signifiant dans la production du croyable et du souhaitable. Dans la stratégie de ce temps logique, il est requis de prendre seul la responsabilité de sa parole, dans le dire où il articule son expérience de l’hallucination et de l’effraction de son espace temps à des signifiants qui impliquent l’assentiment de l’Autre de son adresse. Il ne peut plus faire comme si sa propre parole lui était soufflée d’un autre lieu, il doit en assumer la responsabilité et les conséquences. Dans le traitement où il est sommé de prendre la responsabilité de sa propre évolution, il est convié à des choix vitaux où la crédibilité de sa position détermine l’accueil que les autres réservent à sa parole et à ses actes. Son entrée dans le lien social se négocie à la mesure de cette responsabilité de sa parole. Il découvre que la réalité elle-même ne se mesure pas au plaisir qui peut en être escompté dans le lien social, mais bien au rapport de chacun à la vérité de sa parole. Et qu’en fin de compte, c’est dans les limites de cette réalité promue par la vérité de la parole que le souhaitable, l’expression d’un désir, peut espérer l’accueil de l’autre.

La responsabilité éthique et le compagnonnage

De devoir assumer seul la responsabilité de sa parole et de ses conséquences comme condition de son rapport aux autres dans le lien social, devient dans la dernière partie de la cure du psychotique la condition d’une éthique qui prend la relève de la conviction délirante. Cette responsabilité éthique ramène le psychotique à la banalité de la vie quotidienne et de ses choix comme de ses véritables problèmes et difficultés. Il est alors sensible à la découverte de la vérité de ses positions premières comme de leurs illusions. Chacun est responsable du sort de l’humanité, mais collectivement, et non personnellement. Cette découverte le plonge dans un véritable dilemme, celui du compagnonnage, de la nécessité de l’assentiment d’autrui, qui fait que ce n’est que dans une collectivité qui articule les différences de chacun, que la réalité prend sa consistance et que la solution des problèmes humains devient possible. En même temps l’expérience qu’il commence à faire de sa participation à cette collectivité va dans un sens contraire. Les conflits, les luttes de prestige, les guerres et la méchanceté ont plus de place dans cette collectivité que la responsabilité vis-à-vis du sort de l’humanité. Aussi dans la troisième crise qui marque le terme logique de la cure, le psychotique a plus le sentiment de passer de Charybde en Scylla. Mais cette crise se caractérise par le fait que le sujet la traverse seule, dans le désir de savoir jusqu’où il peut aller trop loin dans son rapport au défaut du signifiant à promouvoir son peu d’être, sans retourner dans les impasses du délire et de l’entreprise délirante. Il doit désormais définir sa participation citoyenne, sans renoncer à sa critique du lien social, ni à son savoir sur l’inadéquation du langage à l’expérience de la vérité de l’être.

 

Comité scientifique

Programme préliminaire

Conférenciers invités

Inscription / informations


À lire

L'évaluation du traitement des psychoses (Lucie Cantin)

La logique du traitement psychanalytique des psychoses
(Willy Apollon)


Liens

http://www.neuro-psa.org.uk/npsa/

http://www.pontfreudien.org

http://www.wapol.org/fr/index.html

http://www.isps.org/

http://www.ifpe.org/


Contact

congres2008@gifric.com

Vous souhaitez être tenus au courant du Congrès dans les semaines à venir (parution de la programmation finale, activités entourant le déroulement, etc.), faites-nous parvenir votre adresse courriel pour que nous l'ajoutions à notre liste d'envoi.



Les archives du débat
| Congrès 2008 | La neuropsychanalyse en question| L'interdit de penser|
Culture, arts et psychanalyse|Les sciences humaines