Notre
enquête sur l'impasse où semble nous avoir menés
la globalisation des marchés, en regard à ces phénomènes
globaux qui provoquent la mondialisation, nous avait conduits à
l'appréhension d'une crise globale, identifiée comme
une impasse dans les rapports entre les collectifs nationaux ou autres,
qui entraînerait avec elle la fin du capitalisme. Nous sommes
désormais en plein dans une crise planétaire du capitalisme.
Toutefois ce dont nous parlent les médias, les économistes
et les politiques, quand ils évoquent aujourd'hui la crise,
que cette crise soit identifiée comme financière dans
un premier temps ou qu'elle soit épinglée comme économique
dans un deuxième temps, ce qui fait donc la manchette des discours
officiels ne réfère que superficiellement à cette
impasse globale qui faisait l'objet de nos discussions. Ce à
quoi nous devons faire face, en tant qu'humain est d'une toute autre
portée.
Ce
constat d'aujourd'hui nous pourrions le résumer en une question
simple, sortir de la crise économique qui occupe l'avant scène
politique et médiatique, signifiera-t-il une ouverture quant
à l'impasse globale que l'humanité rencontre dans la
conjoncture historique de la mondialisation? En fait, la globalisation
des marchés, il faut le noter à nouveau, n'est qu'une
dimension du phénomène de la mondialisation. Depuis
quelques années un certain nombre de titres slogans nous avaient
préparés en quelque sorte à ce qui nous arrive
aujourd'hui. La mort de Dieu, la mort de l'homme, la fin de l'histoire,
le posthumanisme et aujourd'hui la fin du capitalisme. Le plus sérieux
de ces titres, le posthumanisme, qui souligne la fin d'une certaine
histoire, voire d'une certaine façon de concevoir l'histoire,
en particulier celle de l'humanité, pourrait nous servir ici
de symptôme, sinon de guide, en regard des lieux que nous devrions
maintenant explorer pour soutenir nos discussions sur ce qui nous
arrive aujourd'hui et sur l'actualité de ce que l'expérience
psychanalytique nous contraint à en savoir.
Malgré
la contradiction apparente d'une telle proposition, suggérer
la fin de l'histoire et proposer le projet humaniste comme périmé,
c'est en quelque sorte évoquer un échec du scientisme
qui a soutenu l'une et l'autre. Pourtant il n'y a rien semble-t-il
de plus correct politiquement que le scientisme, cette pratique idéologique
qui consiste à utiliser la science à des fins autres
que scientifiques ou technologiques. À partir de la Renaissance
italienne, avec la naissance de la science l'Occident s'engage dans
un projet historique nouveau qui va permettre la conquête de
vastes régions du globe. C'est ce projet qui va alors faire
basculer l'Occident, et non l'humanité dont elle prétend
prendre la direction, d'un univers centré sur la croyance en
Dieu à un univers centré sur les productions de la raison
humaine. Ce projet global, l'humanisme, aujourd'hui semble s'être
en quelque sorte évanoui, sans que nous n'en ayons identifié
le terme, ni les conditions ni la logique de sa disparition. Le concept
d'humain, voire d'humanité, issu de ce projet, s'est trouvé
piégé dans la globalisation des marchés et battu
en brèche par le scientisme qui a refoulé ou laissé
pour compte dans ce projet quelques uns des plus importants enjeux
fondés sur une éthique subjective.
La
confrontation planétaire inévitable de collectifs humains
aux valeurs contradictoires mine de façon irrémédiable
les fondements mêmes du croyable, tout ce sur quoi l'occident
avait construit la légitimité de la violence pour justifier
une histoire de l'humain dont il serait le fer de lance. L'ordre de
symboles qui s'écroule aujourd'hui dans la conscience des individus
et que la musique, la peinture, la sculpture, l'architecture ou la
danse et tant d'autres formes d'art entretenaient dans la lettre de
leurs corps, c'est le même ordre de symboles qui tissaient des
liens affectifs entre ces individus et les articulaient politiquement
aux collectifs dont ils tirent leur subsistance. Ce qui se défait
ainsi dans les collectifs, engendrant une corruption des liens éthiques
entre les individus, ce n'était pas une production de la science
ni encore moins un acquis de l'histoire, c'était bien plutôt
une création du génie propre à la raison humaine.
Au-delà des collectifs humains confrontés à l'impasse,
au-delà de l'entreprise et des projets de la science, il nous
faut interroger la liberté de ce génie de la raison
humaine dans ses rapports avec le collectif comme avec la science.
Car en fin de compte, si la sortie de cette impasse qui résulte
de la mondialisation exige une mutation des collectifs humains, alors
l'examen des rapports du collectif à la raison et à
la science devient une priorité éthique.
Willy
Apollon
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