Le débat sur le traitement des psychoses par la psychanalyse est à nouveau à l'ordre du jour, grâce au travail des psychanalystes de l'École freudienne du Québec et du Gifric. Il faut donner à ce débat la dimension qu'il mérite, à la fois pour les personnes atteintes de troubles mentaux graves et persistants et qui sont condamnées à être à charge à la société pour le reste de leur vie. Ce débat a une double dimension à la fois théorique et scientifique d'une part et clinique d'autre part. L'expérience de traitement conduite par le Gifric depuis vingt ans au Centre de traitement psychanalytique pour jeunes psychotiques, le 388, ouvre de nouvelles perspectives à ce débat. Comme il est fait et qu'il sera fait souvent référence à cette expérience dans le débat que nous soutiendrons ici, nous avons décidé de rendre public un élément essentiel de la clinique au "388", des informations sur l'approche clinique, les procédures de sa mise en oeuvre et de son évaluation continue par le Gifric et enfin quelques exemples des données accessibles à l'observatoire clinique monté par le Gifric pour la gestion de la clinique au "388"

 

 

En effet, affirmer à partir de l'expérience du 388 que la psychanalyse offre désormais une approche efficace dans le traitement des troubles mentaux graves et persistants est une généralisation qui ne tient pas compte des modifications que l'équipe du Gifric, à partir de la clinique lacanienne certes, mais dans un retour sans concession à Freud, a dû apporter tant à la théorie courante qu'à la clinique analytique pour rendre possibles ce traitement et les résultats constatables au 388. Mais plus encore, une telle affirmation peut sous-estimer et passer sous silence la structure d'ensemble de ce Centre de traitement dans la communauté, l'ensemble des procédures d'intervention en temps de crise, de suivi intensif, d'accompagnement dans la réintégration sociale, de même que les procédures d'évaluation des plans de traitement et de l'évolution psychosociale des patients mises en place par le Gifric pour soutenir la cure analytique et assurer la qualité des services. Il s'agit d'un ensemble complexe et structuré autour de l'atteinte d'objectifs spécifiques pour une clientèle cible. Nous tenterons ici d'en donner une idée suffisante pour permettre de saisir la complexité relative du fonctionnement de ce traitement centré autour du fait que le patient psychotique suit une cure analytique. Il faut insister ici sur ceci, il s'agit bien d'une cure psychanalytique et non d'une psychothérapie (à orientation) psychanalytique. Un ensemble de conditions doivent être réalisées en effet pour qu'une telle cure soit possible, comme l'axe central d'un traitement global.