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C’est seulement quand le malheur est à nos portes que l’on connait les vrais amis |
* Faites de cette page votre page de démarrage dans votre navigateur ou encore mettez cette page dans vos favoris Édition spéciale Le Nouvelliste Fondé en 1898, c'est le plus ancien journal francophone des Amériques. "De tendance centre droit, il s'attache à cultiver un amour profond pour Haïti et n'a jamais donné son appui à aucun parti politique", précise son directeur, Frantz Duval. Pour des informations directement du terrain http://www.radiosolidaritehaiti.net/ Haïti : débat sur le WEB Lettre du Recteur de l'Université Quisqueya
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| Dans l'anonymat de nos villes modernes... | |||||||||||||||||||||||||||||||||||
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c'est quand la maison brûle que nous faisons la connaissance de
nos voisins. |
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Nous avons tous été surpris et profondément touchés par le drame que vit le peuple haïtien depuis le tremblement de terre qui a brusquement arrêté en quelque sorte la vie nationale ce mardi 12 janvier. Cette date aura marquée l’histoire d’Haïti quoiqu’il advienne dans les mois et les années qui viennent. Mais elle aura marqué également la vie d’un certain nombre de nos contemporains sur les cinq continents. Haïti 2010 nous aura révélé à nous-mêmes, nous confrontant à ce qu’il y a en nous de plus généreux et de plus humain. Brusquement nous avons été sollicités malgré nous à prendre à nouveau conscience que nous sommes citoyens d’une planète, comme les habitants d’un gros village planétaire. Quelque part au plus profond de nous, nous sommes voisins, où que nous habitions sur cette planète. Plus qu’une date, "Haïti 2010" sera désormais un symbole, dans ce contexte de mondialisation qui définira désormais la conjoncture globale de toute décision impliquant l’avenir de nos nations, ce sera comme un nouveau jalon d’histoire pour l’avenir de l’humain. C’est très précisément pour ces raisons qu’il nous faut penser notre solidarité avec le peuple d’Haïti dans des termes radicalement nouveaux. Nous devrons penser nos interventions actuelles et celles à venir en tenant compte que désormais le cadre de la mondialisation des conditions de coexistence des nations et du réchauffement global dont Haïti ne manquera pas de subir les conséquences à moyen terme doit nous contraindre à repenser notre participation de citoyen à l’aide internationale tout comme la nécessaire solidarité des peuples face aux catastrophes naturelles. Nous devons d’abord nous réjouir de la mobilisation internationale autour de cette catastrophe qui frappe le peuple d’Haïti. Sans doute les médias, en particulier en ce qui nous concerne en Amérique du nord, CNN, Radio-Canada et LCN, mais sans doute aussi d’autres grands médias sur les autres continents, sensibilisant les populations, ont forcé certes un changement d’attitude des dirigeants des grands pays, en particulier les quinze qui se présentent toujours comme les "pays amis d’Haïti". L’intervention rapide, en moins de quarante-huit heures, de l’aide humanitaire, visant d’abord la vie, la survie et la santé, nous a émus et nous confronte plus d’une semaine plus tard à d’énormes problèmes de logistique qui poussent les populations sinistrées au bord du désespoir. Ces problèmes étaient inévitables pour qui connaît le terrain et la situation socioéconomique en Haïti. Mais ces problèmes sont également une bonne indication de l’immense travail à faire dans un premier temps pour porter l’aide humanitaire à ceux qui en ont dramatiquement besoin et dans un deuxième temps pour mobiliser les populations des régions dans l’entreprise de la reconstruction du pays. Dans tous les discours officiels nos dirigeants et leurs partenaires en font état. Mais par le passé pour d’autres catastrophes naturelles de moins grandes envergures certes, nous avons déjà entendu ces discours et les promesses qui les accompagnent sans que des actes viennent les crédibiliser après coup. La plupart d’entre nous avons déjà réagi comme il se doit très affectivement et très généreusement pour participer à ce premier temps de l’aide humanitaire. Mais beaucoup sont insatisfaits et se demandent ce qui peut être fait encore. Nous sentons tous que ce qui est fait en faveur d’Haïti, malgré une mobilisation sans précédent au niveau médiatique, au niveau des populations et des gouvernements et à notre niveau de simples citoyens dans la société civile, est loin d’être suffisant. Ce n’est pas la première fois que les pays amis d’Haïti se rassemblent au chevet de ce petit pays pauvre. Ce n’est malheureusement sans doute pas la dernière fois si le passé reste la base de notre appréciation de ce qui est à venir. Pourtant la situation est telle et la catastrophe qui semble vouloir engloutir Haïti d’une telle proportion que nous sentons tous qu’il faudrait que ce soit la dernière fois. Jusqu’ici l’échec de l’aide internationale en Haïti a toujours été interprété dans les discours officiels, dans les médias et une grande partie des élites haïtiennes par le recours à un certain nombre d’arguments centrés sur l’incapacité chronique des gouvernants et du peuple d’Haïti à sortir d’une certaine ornière sociale et économico-politique. Les arguments sont multiples et confortés de toute les dimensions théoriques et scientifiques les mieux documentées, mais curieusement ils aboutissent toujours à construire le même scénario d’une impossibilité historique et non seulement conjoncturelle de sortir ce peuple et ce pays de l’impasse historique qui les condamne à disparaitre à plus ou moins longue échéance. On se conforte à l’idée que d’autres peuples et d’autres pays ont déjà ainsi disparu dans l’histoire de l’humanité. Dans quelques mois, une fois l’émotion des populations des nations qui se sentent concernées par ce drame se sera calmée par manque d’informations appropriées et que les médias disposeront d’autres drames humains pour alimenter l’information au niveau mondial, nous verrons ressurgir progressivement ces arguments qui réfèreront à nouveau à l’histoire du peuple d’Haïti comme à une tragédie humaine sans issue. C’est pour cela qu’il nous faut travailler à soutenir aujourd’hui les structures de solidarité à long terme tant avec Haïti qu’avec le peuple d’Haïti. Pour cela il nous faut distinguer le peuple d’Haïti, si extraordinaire, si fier et si émouvant dans la tragédie et qui a suscité cet élan mondial de solidarité humaine et puis Haïti, cet état dominé, dévasté et cruellement affaibli, responsable de la protection et du développement du territoire et des ressources dont ce peuple a un besoin vital pour sa survie dans le contexte actuel de mondialisation et de réchauffement global de la planète. Une telle distinction est nécessaire pour comprendre ce qui se joue actuellement entre les gouvernants haïtiens et les dirigeants des pays qui se disent les amis d’Haïti, ce qui s’est joué dans le passé et qui risque de se reproduire, et enfin pour saisir la vrai portée de ce qui est nécessaire pour supporter Haïti et les Haïtiens. Et puis surtout pour supporter à long terme Haïti et les Haïtiens, pour aider à long terme les Haïtiens à rebâtir Haïti dans le nouveau contexte de mondialisation et de réchauffement global qui est désormais celui de tous les pays et de tous les peuples de la planète, un certain devoir de mémoire et de compréhension historique est nécessaire. Dans la construction de son avenir le peuple haïtien, comme n’importe quel autre peuple, va réagir à partir de ce qu’il est culturellement, historiquement et affectivement et non à partir de ce que les autres, "ses amis"’, pensent ou voudraient bien qu’il soit. …. À suivre.
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