![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
Comprendre pour mieux aider |
* Faites de cette page votre page de démarrage dans votre navigateur ou encore mettez cette page dans vos favoris Édition spéciale Le Nouvelliste Fondé en 1898, c'est le plus ancien journal francophone des Amériques. "De tendance centre droit, il s'attache à cultiver un amour profond pour Haïti et n'a jamais donné son appui à aucun parti politique", précise son directeur, Frantz Duval. Pour des informations directement du terrain http://www.radiosolidaritehaiti.net/ Haïti : débat sur le WEB Lettre du Recteur de l'Université Quisqueya
|
||||||||||||||||||||||||||||||||
Nous voici bientôt à deux mois du séisme, les critiques fusent de tous bords au sujet de toutes les dimensions de l’aide internationale et de l’action ou pour certains de l’inaction gouvernementale. L’opposition politique a demandé bien sûr la démission du président et l’instauration d’un gouvernement d’union nationale. Pour des raisons que nous comprendrons plus loin quelques étrangers soutiendront de telles demandes. Dans certains milieux intellectuels le débat fait rage. Peuvent en témoigner quelques extraits glanés ici et là sur internet et sur les sites des grands médias. Ce serait intéressant de prendre le temps d’examiner ces débats et critiques, car ils sont remplis d’informations sur les différentes positions qui s’affrontent sur le terrain en Haïti actuellement. Et c’est une dimension importante de l’impasse où est rendue l’intervention étrangère dans la volonté d’aider Haïti à surmonter la situation créée par le séisme et relancer la reconstruction du pays qui était commencée avant ce séisme et cette intervention massive. Il faut d’abord se permettre des distances en regard de la situation. Les difficultés, insuffisances et impasses que visent les critiques et que soulèvent les débats sont d’abord objectivement les symptômes de l’immense gravité du désastre et de la complexité des problèmes qui en résultent. D’autre part ils sont le mode sous lequel nous nous cachons la tête dans le sable en ce qui concerne l’incompatibilité des intérêts qui ont conduit tant de sauveteurs et d’amis d’Haïti sur le terrain. Jusqu’ici on critiquait l’impuissance des haïtiens et de leur gouvernement à sortir leur pays du désastre continuel qui semble devoir être le sort de ce petit peuple. Elles sont là sur le terrain les nations les plus puissantes avec des moyens inimaginables pour ce petit peuple de pauvres qui les regarde venir les secourir, et elles ne semblent pas pouvoir aujourd’hui pas plus que hier, s’organiser pour régler une situation qu’elles ont prise en main à la place du gouvernement local. Cela traduit une situation qui n’est pas nouvelle, mais que le contexte de mondialisation rend désormais d’autant plus insoluble. De toute évidence ce qui se passe en Haïti nous fait la démonstration que les peuples des nations riches sont arrivés à un degré d’humanisme qui traduit bien un état très positif de la mondialisation et auquel les hommes politiques qui les dirigent et les intérêts économiques et financiers qui les animent semblent encore fort loin de pouvoir accéder. Pourtant les nations riches qui se retrouvent dans l’action concrète à Port-au-Prince ont enfin une occasion unique de montrer aux peuples pauvres, ce qu’elles sont prêtes à faire pour mériter le respect autrement que par l’usage des armes et la manipulation des milliards. Sur le terrain, un contexte compliqué et quelques obstacles De fait les différentes nations qui se retrouvent actuellement sur le terrain n’ont en commun que le nouvel humanisme, ce souci profond pour l’autre homme dont la différence nous révèle une part cachée de nous-mêmes, qui anime leurs populations à l’orée d’une mondialisation qui sollicite les peuples au-delà des différences qui déchirent les États-nations. Encore une fois, c’est ce que le drame d’Haïti nous révèle, que de plus en plus les populations, au-delà des intérêts des puissants, prennent conscience de leur solidarité sur cette planète fragile. C’est la chance d’Haïti dans les limites étroites où ce sera également une chance pour ces nations. Il est évident que les perspectives qui animent les forces armées qui ont débarqué à Port-au-Prince venant des États-Unis, du Canada et de la France, n’ont pas de commune mesure avec les intérêts des organisations professionnelles de l’aide internationale. Et les intérêts des uns et des autres ne coïncident pas avec les nécessités qui commandent la planification du développement et de la reconstruction du pays par les autorités locales, planification entreprise depuis maintenant quatre ans. Il y a là une situation tout à fait particulière et exemplaire de ce qui est en jeu dans la structure des relations politiques et internationales qui définissent les rapports des pays riches avec l’ensemble des pays pauvres, et en particulier pour ce qui nous concerne, avec Haïti. Nous avons là un gouvernement élu démocratiquement, avec peine et misère, et reconnu par la dite communauté internationale. Toutefois malgré les responsabilités de ce gouvernement les pays riches, bailleurs de fonds, qui périodiquement protestent de leur ferme volonté d’aider Haïti à sortir d’une situation économique et politique désastreuse, ces pays ne procurent l’aide à Haïti qu’à travers des Organisations non gouvernementales issues de ces même pays. L’argument le plus courant est que le gouvernement haïtien, ou ses fonctionnaires, ou ses hommes politiques, ou ses ministres, ou tout cela à la fois, sont corrompus et donc que l’aide ne doit pas passer par eux. La conséquence directe de ce raisonnement instituant un état de chose qui permet de perpétuer la faiblesse chronique des gouvernements en place, quelque soit la façon dont ils ont été élus, est que les Organisations non gouvernementales peuvent être financées pour la réalisation de leurs projets et agendas en Haïti, mais que le gouvernement ne peut même pas avoir accès au financement international qui permettrait de concrétiser les plans et programmes de développement et de reconstruction dont la population a besoin. Le discours actuel toutefois est à l’effet que les choses vont changer et que les bailleurs de fonds, qui est le même groupe de pays qui se définissent comme les amis d’Haïti, ont décidé de travailler désormais de concert avec le gouvernement haïtien. Il reste à voir comment les autorités concernées vont faire pour pouvoir changer des habitudes et des comportements inscrits dans les institutions étrangères et haïtiennes depuis des années. Si tous s’y mettent et collaborent il y a de fortes chances que nous assistions dans les mois et les années à venir à des changements de problématiques qui seront d’une importance capitale pour les populations qui ne sont jamais touchées par les formes instituées d’aide, ni par les minces marges de manœuvre des gouvernements en place. Le mode de financement des ONG (Organisations non gouvernementales) a fait grimper à 4000 le nombre d’ONG en Haïti. Après le séisme le nombre en a plus que doublé. Des cadres et des professionnels, parfois des élus et des politiciens de carrière ont trouvé là une source de financement sûre, soit directement en créant des ONG, soit indirectement en s’associant à des ONG étrangères. Ceci ne supprime pas du tout le fait qu’un certain nombre d’ONG sont des organisations éminemment sérieuses et incontournables qui fonctionnent avec une éthique louable apportant à la population une aide précieuse et effective dans des domaines où le gouvernement n’a guère les moyens d’agir. Ces organisations sérieuses représentent-elles 10% des 10000 ONG qui œuvrent actuellement en Haïti? On ne peut éviter cette question, car l’excellent travail fait par ces organisations est estompé par l’activisme intéressé de nombre d’autres qui sont loin d’être guidé par le souci d’aider efficacement les populations qui ont besoin d’aide. Cette question est d’autant plus importante qu’en période électorale ces organisations deviennent encore plus actives. Or précisément le mandat du président Préval arrive à terme le 7 février 2011. Ces ONG, qu’elles soient nationales ou étrangères, quelque soit leurs agendas ou leurs projets concrets, elles ne peuvent vraiment avoir une action efficace auprès de la population qu’en passant par des leaders locaux. Ceux-ci tôt ou tard sont sollicités par les partis politiques, et finissent dans le jeu de la lutte pour des positions de pouvoir. C’est un parcours connu et aujourd’hui plutôt bien établi. Et sur ce parcours on cultive les données qui alimentent l’argument que l’argent doit être donné aux ONG et non au gouvernement. Une autre dimension de cette tendance forte à isoler le gouvernement et à le priver de tout accès à un financement des programmes étatiques de développement et de construction du pays est structurée à partir des agendas, des normes, des cadres et de la clientèle des Organisation internationales. On laissera de côté pour le moment les grandes promesses d’aide directe au gouvernement ou de financement qui n’ont jamais été suivies d’actions concrètes, mais qui ont entraîné les différents gouvernements dans des changements structuraux couteux compte tenu de leurs impacts sur l’économie nationale. Les organisations internationales opèrent dans de nombreux pays et ont des approches globales influencées à la fois par l’Organisation Mondiale du Commerce, le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale. Un pays aux structures aussi faibles qu’Haïti peut difficilement répondre aux exigences de telles approches, qui deviennent rapidement des conditions pour que ces organisations acceptent de collaborer avec le gouvernement local. Une chose est la situation économique et les problématiques qui la déterminent au niveau mondial et au niveau international, qui définissent les repères conceptuels et les critères des choix de ces organisations, une toute autre chose est le contexte local où évolue un gouvernement comme celui d’Haïti, pris entre la faiblesse de ses moyens, les besoins et les attentes légitimes de la population et d’autre part les contraintes et exigences des élus au sénat de la République et à la Chambre des députés. Inévitablement, coincé entre les deux univers, les gouvernements finissent par devoir choisir entre les besoins et les attentes de leurs populations et les exigences des organisations internationales. Cette contradiction a été la toile de fonds des difficultés des différents gouvernements Aristide et Préval depuis les grands efforts et les souffrances qui ont marqué pour le peuple le retour à la démocratie au cours des 20 dernières années. Cela a déterminé en partie la structure sous-jacente de la division de la petite bourgeoisie en Haïti. Car cette division marque profondément l’échec de ce premier temps du retour de la démocratie en Haïti. Les professionnels et les hauts cadres de ces organisations internationales tout comme ceux de la fonction publique haïtienne se connaissent et se fréquentent. Ils ont fréquentés les mêmes grandes institutions universitaires dans les capitales européennes ou dans les grandes villes américaines et canadiennes. Mais ils n’ont pas fait les même choix idéologiques et n’ont pas les mêmes options politiques, parce qu’objectivement ils ont des intérêts différents. Un haut cadre haïtien d’une organisation internationale peut gagner plusieurs fois en devise étrangère le salaire qu’il gagnerait comme haut fonctionnaire de l’état haïtien en gourdes. D’autre part le milieu organisationnel stable et rassurant et le langage dans lequel il pose les problèmes, promeut et soutient des décisions, ne connaît pas l’instabilité politique, la faiblesse des moyens, et la fragilité du langage administratif et politique où évoluent le haut fonctionnaire ou le ministre haïtiens auxquels il propose ses plans d’action et impose ses solutions et refus bien argumentés. De plus, l’un est préoccupé d’appliquer des règles et des normes internationales dans l’élaboration de ses plans d’aide, l’autre est contraint par des situations locales et des besoins de base qui sont hors norme. Deux perspectives se développent ainsi sur deux orientations contradictoires, qui ont abouti jusqu’ici la plupart du temps à des échecs répétés. La tendance nouvelle créée par le séisme du 12 janvier, qui exigence des résultats au-delà des beaux discours, c’est de dépasser cette contradiction pour que les organisations internationales se rapprochent davantage des besoins réels de la population et des difficultés concrètes du gouvernement élu qui doit répondre à cette population. Sur ce point les positions de l’ONU et de l’ancien président Clinton, son représentant responsable pour Haïti, ont été clairement affirmées. La présence du président Clinton au cœur de ce dossier pour l’ONU est une garantie pour la population haïtienne, qui se souvient très bien du président qui l’a débarrassé de la dictature militaire pour ramener la démocratie. Ces Organisations internationales tout comme les ONG, qui viennent en complément de leurs modes d’intervention auprès de l’État, sont depuis un certain temps critiqués et mis à distance en Haïti par un tout autre groupe de pays amis, les États de l’Amérique latine et des Caraïbes. Ces États ont développé une toute autre approche de l’aide et de la coopération internationales en réaction contre les politiques de l’OEA (L’Organisation des États Américains) dominée par les États-Unis et dont le siège est à Washington. Ce regroupement d’États, dont Haïti est membre depuis le retour à la démocratie avec les gouvernements populaires à Port-au-Prince, a exigé par exemple que les forces de l’ONU en Haïti soient sous la direction du Brésil, un des leaders de ce regroupement et non sous l’autorité des États-Unis ou du Canada. Ce regroupement s’organise de plus en plus autour du Brésil et du Mexique en fonction de l’autonomie et de la solidarité des États membres dans le contexte de globalisation des marchés et de mondialisation des stratégies géopolitiques. Ce nouveau bloc régional latino-américain et caribéens, excluant les États-Unis et le Canada, envisage autrement la reconstruction d’Haïti et leur participation à cette reconstruction dans leur dernière rencontre avec le président Préval et dans leurs contacts avec le gouvernement et le parlement haïtien. On ne sait pas encore grand-chose de ce qui se décide dans ces rencontres. Mais le Venezuela, Cuba et le CARICOM (groupe d’États des Caraïbes) ont été les premiers à apporter l’aide en Haïti dès le matin du 13 janvier, moins de 20 heures après le séisme. Mais dès avant les événements du 12 janvier la classe politique haïtienne et le gouvernement étaient conscients de l’importance de l’aide et de la coopération caribéenne et sud-américaine pour Haïti, qui se déclinaient en milliers de médecins et d’ingénieurs cubains et vénézuéliens, en partenariat privilégié et en assistance en ce qui concerne l’énergie. Cette coopération de gouvernements à gouvernements se réalise en effet sur d’autres bases et selon d’autres principes que celle qui passe par l’intermédiaire des Organisations Internationale et des Organismes Non Gouvernementaux. En particulier cette forme nouvelle d’aide supporte directement le gouvernement haïtien dans son action en faveur des populations les plus démunies et ne passent pas par les stratégies de partenariat avec la bourgeoisie traditionnelle. Ainsi les dimensions politiques impliquant les attentes populaires et les responsabilités gouvernementales quant à ces attentes y sont plus importantes que les contraintes de déréglementation, de privatisation et d’ajustements structurels imposées par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International et l’Organisation Mondiale du Commerce. Le cas d’Haïti dans le contexte de coopération et d’aide créé par le séisme du 12 janvier devient le lieu de manifestation de la contradiction et éventuellement de l’affrontement entre deux perspectives et deux stratégies géopolitiques dont Haïti peut devenir autant le bénéficiaire que la victime. Ce nouveau contexte géopolitique complique encore plus la situation tant par les espoirs qu’il suscite dans la population et dans la classe politique, que par les difficultés qu’il introduit dans la coordination nécessaire de l’aide et de la coopération internationales dans un cadre général défini par le gouvernement haïtien au bénéfice des populations les plus atteintes et au profit à plus long terme de la reconstruction du pays dans le respect de l’histoire et de la culture haïtiennes. Les différents gouvernements Préval ont toujours été plus souples, quoique très fermes, dans leur gestion de leurs rapports avec les deux blocs géopolitiques. Mais le bloc sud-américain prend de l’expansion et de l’influence, alors que l’aide et la coopération traditionnellement étaient jusqu’à présent conduites sous la direction des leaders du G8. Il faut espérer dans ce contexte que les différents pays amis d’Haïti feront passer provisoirement et pour un temps le support nécessaire au gouvernement haïtien dans sa mise en œuvre d’un plan de reconstruction, avant la lutte inévitable et naturelle d’influence où chacun est engagé dans la défense de ses intérêts nationaux et géopolitiques. |
||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||