La
psychanalyse interpelle le sujet dans son rapport au sens et au non
sens de sa vie, son rapport à la jouissance et à la
mort, à travers la maladie, le sexe, le désespoir, l’impasse
totale, l’angoisse paralysante et le sentiment de fin du monde.
Ce genre de questionnement fondamental d’un être sur lui-même,
sa vie, son échec et la mort, n’est pas du ressort de
ce que peuvent offrir des savoirs accumulés et applicables
à tous et à chacun, comme ce à quoi préparent
les universités. La psychanalyse exige un autre savoir, capable
de fonder une éthique qui supporte la confrontation du sujet
à la jouissance et à la mort et leurs conséquences.
Aussi, la psychanalyse est-elle le développement d’une
expérience singulière faisant appel au sujet et mobilisant
toutes ses ressources intimes pour résoudre ses problèmes,
plutôt que l’application de savoirs accumulés à
un objet à corriger ou à adapter aux changements sociaux,
en l’absence de normes reçues. Une telle entreprise clinique
repose sur un acte fondé sur une éthique. Le savoir
n’y suffit donc pas, même s’il est nécessaire
à la définition des bases de cette éthique. Aussi
les mécanismes et institutions de production et de transmission
du savoir se révèlent inadéquats en ce qui concerne
l’éthique de la psychanalyse. C’est ce qui explique
la nécessité de procédures et d’institutions
spécifiques vouées à la production du psychanalyste
et à la garantie de son acte. Le concept d’École
proposé par Lacan répond à cette nécessité.
Plus qu’un Institut voué à la transmission de
savoirs acquis et reçus, une École se consacre au savoir
qui fonde une éthique dont on attend des résultats spécifiques.
Elle vise la formation par l'examen des conditions et des conséquences
de l'acte éthique plus que la transmission des savoirs reçus.
Les effets de la psychanalyse ne sont pas séparables du savoir
qui fonde son éthique, voilà ce qu’une École
doit justifier.
Depuis
sa création en 1974, le Gifric travaille à la mise en
œuvre des enjeux d’École pour soutenir le recommencement
de l’expérience freudienne dans les paramètres
proposés par Jacques Lacan dans son retour à Freud.
Ce travail s’est concrétisé par les activités
de la section clinique psychanalytique du Gifric durant ces vingt
dernières années. Que ce soit au niveau des pratiques
cliniques psychanalytiques, en bureau privé ou dans les centres
de traitement du Gifric, que ce soit dans les sessions de formation
au Québec et aux États-Unis, que ce soit par les supervisions
et les contrôles offerts aux cliniciens et analystes, progressivement
s’est constituée une clinique, fondée sur une
éthique dont le savoir issu de l’expérience garantissait
les repères symboliques et les effets cliniques, donc le rapport
au réel.
De
nombreux cliniciens au Québec et maintenant aux États-Unis
sont formés dans ce cadre. Plusieurs d’entre eux désiraient
bénéficier des conditions de garantie, de dialogue et
de travail continu, réunies au Gifric. Mais le Gifric ne désirait
pas augmenter le nombre de ses membres par un tel processus. Alors
est née l’idée de créer une École
qui réaliserait pour ceux qui le désirent les conditions
réunies par la Section clinique psychanalytique du Gifric.
Une telle solution permettrait de répondre à la demande
de ceux que soutenait leur désir de savoir, sans pour autant
changer les structures internes du Gifric. C’est ainsi que furent
organisées les journées cliniques des 13 et 14 novembre
1992 autour d’une proposition faite par le Gifric à tous
ceux qui au Québec se réclamaient de l’enseignement
et de la clinique de Jacques Lacan, pour étudier ensemble les
conditions de constitution d’une École pour le Savoir
analytique. Une mise au travail s’ensuivit, tant à Montréal
qu’à Québec, pour réaliser le « Projet
d’École ». Le 23 juin 1997, après la discussion
des rapports des différentes commissions de ce projet d’École,
l’Assemblée générale du Gifric votait le
passage à l’École selon le principe de la passe
à l’entrée pour les membres du projet d’École.
Les premières structures de cette École présentées
et discutées en assemblée des membres en mai de la même
année furent adoptées par un vote de l’Assemblée
générale du Gifric. Désormais, le projet d’École
devenait officiellement l’École du Gifric, sous le nom
d’École freudienne du Québec.
L’objectif
de l’École est double, d’une part elle doit recueillir
et promouvoir face à la science et à la société
le savoir spécifique issu de l’expérience analytique
conduite à son terme logique. Elle le fait par les procédures
de la Passe. D’autre part elle doit assurer les conditions éthiques
de renouvellement de l’acte analytique. Elle le fait par le
mécanisme de la garantie. Par la mise en œuvre des moyens
de ce double objectif, l’École travaille à la
production du psychanalyste et à la garantie de son acte. Restent
au niveau de la Section clinique psychanalytique du Gifric, les sessions
de formation, les supervisions et contrôles, les séminaires
cliniques. La Section clinique psychanalytique continue à travailler
à la formation des psychanalystes, à l’extension
de la psychanalyse et à ses applications cliniques en collaboration
et complémentarité avec l’École. De telles
activités accompagnent les objectifs de l’École
sans les détourner de leur fonction première qui est
la psychanalyse en « intension », la production du psychanalyste,
le recommencement de l’acte et de l’expérience
de Freud, et la production du savoir qui fonde l’éthique
de l’acte et assure ses effets de traitement.
L’École
est ainsi structurée autour de deux axes, la passe et la garantie.
Ces axes ordonnent toutes les activités de l’École
autour de la mise en œuvre de l’expérience analytique,
où sous l’action du transfert le sujet est convié
à traiter ses rêves, ses symptômes, et tous les
états de son fantasme jusqu’à la réduction
de son angoisse en un certain savoir. Ces activités de l’École
s’organisent grâce à un outil singulier qui impose
sa forme et sa logique propre aux résultats escomptés,
c’est le cartel. Le travail en cartel témoigne de, et
répond à la question de l’écart qui rend
le savoir impropre à la vérité.
La
Passe est la procédure qui permet à l’École
le recueil et l’archivage du savoir qui résulte de la
logique qui conduit l’expérience analytique à
son terme dans chaque cas particulier. Mais à l’École
freudienne du Québec, la Passe à l’entrée
se distingue de la Passe de l’École. La première
détermine le mode d’entrée à l’ÉFQ.
Le membre de l’École a un savoir sur l’inconscient,
ses effets et son mode d’articulation propre dont il peut témoigner
à l’École, et qui sera la base de son travail
au cartel. La Passe de l’École par contre établit
le savoir qui reste de la logique qui mène l’expérience
à son terme, pour autant que peut s’y fonder, et comment,
l’éthique qui rend compte de l’acte analytique.
L’enjeu
de la Passe, outre les conditions du recommencement de l’expérience
freudienne, tourne autour de la question du passage de la singularité
de l’expérience à la généralité
de l’acte pour autant que ce qu’il vise ouvre à
un universel.
La
garantie rend compte pour l’École, que l’acte analytique
est fondé sur une éthique. Ses effets se justifient
de là. Le séminaire de contrôle, qui interroge
l’acte quant à ses raisons et à partir de ses
effets dans l’expérience, anime les cartels où
se vérifient les rapports logiques de cette éthique
au terme spécifique qui conclut l’expérience pour
l’analyste. La garantie exige plus. L’éthique spécifique
de l’analyse ne fonde l’acte dans son rapport singulier
à la logique qui conclut l’expérience qu’en
ouvrant cet acte sur l’au-delà de cette singularité.
L’acte, en effet se motive de la rencontre du sujet avec la
jouissance singulière à quoi il se réduit, face
à l’absence de l’Autre qui troue la structure de
l’adresse. Le contrôle interroge cette deuxième
dimension de l’acte dont l’enjeu va au-delà du
généralisable. La garantie concerne donc le recommencement
de l’expérience freudienne, l’éthique où
se vérifient les raisons et les effets de l’acte, et
par suite la limite des domaines où la psychanalyse est applicable
avec quelque conséquence pour le sujet. C’est seulement
par là que l’École recueillant et archivant les
résultats du contrôle comme les effets de son enseignement,
garantit qu’il y a du psychanalyste.
Ainsi
Passe et Garantie fondent une pratique qui se vérifie par ses
effets. La sommation, la comparaison, la sériation et l'accumulation
des cas règlent les conditions de leur archivage grâce
aux travaux des cartels. Une clinique se structure et s'organise qui
permet à l'École de faire état d'un savoir qui
rivalise de rigueur avec la science en ce qui concerne ce réel
que le langage introduit comme la matière de l'humain.